Aucune notice dans le panier

RETROUVEZ-NOUS SUR



CONNECTEZ-VOUS

Identification

Grand Public Thématiques La boite à trouilles !!!

La boite à trouilles !!!

Envoyer Imprimer PDF
AddThis Social Bookmark Button

Affiche der

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre de l'exposition  « Mauvais genres : le Fantastique »  qui a eu lieu du jeudi 20 avril au samedi 20 mai 2017, nous avons invité nos usagers à décrire en une page leur plus grande peur réelle ou irréelle, et à les déposer dans notre boîte à trouilles.

Voici leurs textes.

 

 

 

 

 

 

 ---

30 ans, pas de peur particulière, pourtant ce soir là... Je venais passer la fin de semaine à la campagne dans la maison de famille, seule. Je rejoins ma chambre vers 23h. Je suis réveillée par des bruits de pas dans le grenier au dessus de ma chambre.
Figée, je retiens ma respiration. Je ne bouge plus. Mon cœur bat à tout rompre. Cinq minutes passent ou à peu près. Plus rien. Je me détends, ferme les yeux... Sursaute car de nouveaux des pas ! Quelqu'un marche, quelqu'un est entré par le grenier. Je ne suis pas en sécurité ! Pourtant comment a-t-il pu entrer ? Car c'est un homme c'est sûr ! Je tremble, j'ai peur, mon cœur bat de nouveau la chamade, je transpire. Et ma porte de chambre qui est ouverte ! Je calcule mes chances de descendre les deux étages sans être repérée, rattrapée. Non, ne bouge pas, s'il ne t'entend pas, tu ne risques rien... De nouveau du bruit, et là je file, je dégringole les deux étages, récupère la clé de la voiture. Je prends quand même le temps de fermer la porte (pas à clé... à cette époque les portes étaient tout le temps ouvertes), je monte dans ma voiture. Je tremble, j'ai peur d'être rattrapée, pourvu que la voiture démarre et je file chez ma cousine. Je réveille la maison, explique ce qu'il m'arrive, en larmes. Mon cousin me rassure, il me dit fermement que ce devait être un chat huant. Malgré tous les détails réconfortants, je préfère finir ma nuit chez eux. Je commence à moins trembler, mon cœur se calme. Je m'endors et sursaute brutalement car ma médaille de baptême a glissé dans mon cou, provoquant une nouvelle frayeur.


Brigitte (62 ans)

 

---

 

C'était il n'y a pas si longtemps quand j'y repense, c'était l'année dernière. Je me baladais à la Monnières, cette forêt miniature à côté du champ de tir militaire avec mon vélo. J'étais à la recherche de nouvelles descentes, surtout une en particulier. Un ami m'avait parlé d'une superbe draille et je n'hésitais pas à m'aventurer là où je n'avais jamais mis les roues. Mais plus j'avançais, plus le grondement sourd que j'entendais s'intensifiait. Bien sûr je ne m'inquiétais pas, soit un avion était en exercice dans le coin ou alors un orage n'était pas loin. C'est alors qu'une bête; une sorte de sanglier haut sur pattes je crois, me fonça dessus. Je m'éloignais et de justesse, il me frôla en coup de vent ce qui me fit tomber. Je grognais un tas de jurons très disgracieux, puis me relevais en essayant d'enlever toute la terre qui s'était accumulée sur mon dos. Ce fut lorsque j'eus relevé mon précieux vélo que je sentis un regard se poser dans mon dos. Je me retournais, prête à crier sur celui qui se moquerait des vêtements tout terreux qui me collaient la peau.
Il y eu juste un petit problème, enfin, un gros problème, derrière moi se tenait une « chose » haute de trois mètres. Je déglutis avec peine, un filet de sueur me couvrit la tempe, tout à coup j'eus froid. Cette chose comme je disais avait la peau trouée à certains endroits et avait de grands pics en bois plantés dans son corps d'où dégoulinait du sang noir et visqueux. Son crâne était cabossé et ses yeux étaient aussi blanc qu'un drap de fantôme. Derrière moi, un rire aigu s'éleva, je me retournais et vis, là où je me tenais il y a quelques minutes, sortir de terre un être tout boueux avec des tentacules au lieu des mains. Il maintenait un énorme sourire et de ses orbites sortaient six yeux ainsi que des pucerons. C'était horrible. Je fermais mes paupières puis les rouvris. Ils étaient toujours là, pire, il avançaient. Je m’efforçais de rester calme et aussi vite que je pus, j'enfourchais mon vélo et descendis jusque chez moi.


              Eulalie (14 ans)

 

---

 

Le téléphone sonne. Rien de bien original me direz-vous. Et vous aurez raison. Mais la peur a ceci de curieux qu'elle ne souffre pas de la banalité ! Bien au contraire. C'est, peut-être, son plus grand pouvoir. Pour ce que j'en sais... Donc ça commence comme ça. Le téléphone sonne. Et même il bouge un peu sur la table. Comme un gros scarabée luisant. J'aimerais bien l'écraser, mais je ne peux pas. Je ne peux pas, hein ? Ce n'est qu'un téléphone !  Mais il sonne. Et je sais déjà ce que cela signifie. Ce que cela annonce. Parce que jamais personne ne m'appelle, alors oui, ça laisse peu d'options, non ? J'hésite, mais je le prends quand même. Il faut bien que je le prenne. Je connais ce numéro par cœur. Il est inscrit sur ma rétine avec ses chiffres clignotants. Mon cœur aussi clignote. Un coup oui, un coup non. Une main invisible me comprime les poumons. Une autre me serre la gorge. Mes entrailles font des nœuds, des trucs de marin devenu fou. Je ne respire plus. Parce que trop tard. Je suis lacéré. Le vide passe à travers moi. C'est le destin des béances : s'agrandir, encore et encore... Alors j'entends la voix. Toujours la même. Polie autant que gênée. Parce qu'il y a toujours un léger décalage entre le souffle et la phrase. La phrase... Toujours la même aussi, elle aussi. « Monsieur, c'est le collège. C'est au sujet de votre fils... ».

Julien (44 ans)

 

---

 

J'ai peur d'écrire.

Paul (45 ans)

---

 

Une bataille de marrons d'Inde


 Automne 1944, dans un petit village des Cévennes, avant le début de la classe, une véritable « opération militaire » est engagée. Les petits sont partis en sentinelles, les moyens apportent les « munitions ». Les « marrons d'Inde » et les « grands » visent en contre bas un objectif, la cheminée du presbytère et bien des marrons manquent leur cible et rebondissent sur les tuiles; les tirs deviennent plus précis et bientôt une épaisse fumée noire s'élève. Soudain, les sentinelles arrivent.
« Arrêtez ! Monsieur le Curé vient d'entrer dans la classe du maître ! »
En silence, nous entrons en classe ; le maître ne nous fait pas asseoir, il se promène, lentement dans les allées, à ma hauteur, il s'arrête longuement : on devine qu'un orage se prépare. J'ai peur, peur, la punition va être terrible : cette bataille de marrons d'inde avec un objectif ciblé, je l'ai imposée, organisée, je suis le responsable. La tension monte. Pourquoi un tel silence, une telle absence de punition... jusqu'à la sortie de midi où petits, moyens, grands, sentinelles, pourvoyeurs, tireurs, béret à la main, voix mal assurée, nous nous retrouvons au presbytère pour présenter nos excuses. « Vous comprenez Monsieur le Curé, à force d'entendre parler de la guerre, on est devenu, comme les grandes personnes un peu fou ! » Mais stupeur ! Peur, panique. L'instituteur va trouver mes parents et à la maison, les punitions font mal, très mal ! Tel un condamné, je fixe mon père qui sourit !  C'est le prélude de l'orage tant attendu qui va éclater ! « Approche ! Écoute, ton maître sort d'ici, il vient de me dire : tu as des capacités, des dispositions, un esprit éveillé et tu es pleins d'initiatives : aussi, après avoir passé le certificat d'études tu iras au Cours Complémentaire (Collège) pour continuer d'apprendre et devenir, peut-être un maître d'école ! »
        

                                                 Robert (86 ans)

---

 

Classe de neige – La peur de ma vie


En 1966, à Villeneuve de Berg (Ardèche), nous participions à la première classe de neige du département, en montagne, à Lachamp-Raphaël. A notre arrivée, se produira la plus grande peur de ma vie.

Avec la monitrice, l'après-midi de notre arrivée, nous organisons pour les enfants, une randonnée; quand, soudain, la « burle », un brouillard venté soulève de fines particules de neige; on n'y voit à peine à plus de deux, trois mètres; toute trace de sentier s'est effacée. Il commence à faire très froid ; la nuit va arriver. Surtout, surtout, rester ensemble, ne pas communiquer aux enfants, cette peur, cette grande peur qui me gagne ! En cercle, les élèves bougent bras et jambes. Une petite fille me dit « Maître, on va résister ». Soudain, une éclaircie dévoile un poteau télégraphique, et par bonds successifs, nous suivons la ligne téléphonique jusqu'au chalet: si nous avions passé la nuit dehors, c'était le drame !

Ce jour là, j'ai compris que, dans des circonstances difficiles, par delà la peur, il fallait gérer, maîtriser la peur et surtout, que la montagne pouvait, par des changements atmosphériques très rapides, devenir très dangereuse. A notre arrivée au chalet, l'animatrice s'évanouit. La tempête redoubla; nous étions sans électricité, sans chauffage et les élèves racontèrent que cette aventure fut, pour eux, l'un de leur plus beau souvenir !


Robert (86 ans)

---

 Réelle

 

Ma plus grande peur réelle serait que je devienne du jour au lendemain, aveugle et sourde. Je ne verrai et n'entendrai plus mes proches. Je ne pourrai plus aller au cinéma, à un concert, dans un musée... Je ne pourrai plus aller courir tôt le matin en regardant le soleil se lever tout en écoutant de la musique. J'aurai l'impression d'être plongée dans le néant avec ce noir tout autour de moi et ce silence pesant, comme un avant-goût de la mort. Je ne sais pas ce qui est le pire : être né aveugle et sourd ou bien le devenir avec le souvenir de tout ce qu'on a perdu : toutes ces images, tous ces sons. Et resteraient-ils intacts dans ma mémoire ou progressivement flous ? Je pense que je ressentirai de la colère et de la jalousie envers ceux qui pourront encore voir et entendre. Je me dirai : « Pourquoi moi ? » Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? » Et finalement, je me  souviendrai que j'aime aller au bord de la mer. Pas seulement pour la voir et l'entendre, mais aussi pour sentir cette odeur marine, toucher l'eau et le sable... Alors, je me dirai : « Oui, j'ai perdu deux sens, mais m'en reste encore d'autres pour me guider ». D'autres sens que j'envisagerai de développer pour compenser la perte de la vue et l’ouïe, pour ne pas restée aigrie et enfermée en moi-même.

 

Irréelle

 

Ma plus grande peur irréelle serait que je vieillisse seule, entourée d'objets que j'aurais accumulé au fil des années pour me sentir moins seule. Tous ces objets deviendraient des objets de compagnie dont il me serait impossible de me séparer. Il y en aurait de plus en plus. Mon logement serait encombré. Mais je le trouverais magnifique comme un sublime royaume dont je serais la reine et ces objets seraient mes loyaux sujets. Puis, des objets viendraient par magie, de je ne sais où parce que je ne me souviendrais pas les avoir achetés ou récupérés. Ces objets squatteurs seraient malveillants, ils pervertiraient mes loyaux sujets en les persuadant de s'étaler davantage pour ne me laisser plus aucune place, ne serait-ce qu'un centimètre pour bouger. Je finirais par être coincée, écrasée, étouffée sous le poids de tous ces objets et j'aurais l'impression d'entendre leurs funestes murmures m'annonçant la fin..

  
Soledad  (27 ans)

---

Dans une nuit africaine...


- Au secours !!!! Au secours !!!!!
Ces appels, stridents et déchirants résonnent dans la savane. Ils viennent d'une chambre de case, en tôles et torchis, au milieu de nul part, en Afrique Noire. Pour fenêtres, un grillage raccordé de bouts de fils de fer...
- Ils sont là !!! Au secours !!!........ Ils sont sur le toit !!!......Ils descendent !!!....... Je les entends !!!! Ils sont descendus, je vous dit !!!! Ils sont descendus du toit !!! Croyez-moi !!!!
- Ah!!! NON!!! S'il vous plaît....Je ne veux pas rester seule !!
Après quelques instants les pleurs, les supplications, les sanglots..retentissent encore !!
- Ils sont derrière ma porte !!! Ne l'ouvrez pas, s'il vous plaît ! Ils vont entrer !!! Ils grattent ma porte avec leurs grandes griffes !!! IL y en a un à la fenêtre !!!... Quelle horreur !! C'est un grand vert !! Il me regarde !!! Il me montre ses dents pointues... Au secours !!! Il grossit de la tête, il va m'attaquer !!!
La peur, une respiration forte et saccadée, une odeur d'urine, de sueur se fondent dans atmosphère lourde et poussiéreuse, dans toute la cahute...
- Au secours !!!! ! Au secours !!!! ! J'ai peur ! A l'aide.
Ça y est !!!! Je les sens !!!! Aie ! Aie ! Je veux retourner chez moi !!!! Je veux quitter l'Afrique !!!
Je ne peux pas bouger!!!! Je suis bloquée..sur mon lit, dans ma moustiquaire !!!
Comme une litanie - Ne pas bouger. Ne pas coller ma peau à la moustiquaire sinon les moustiques attaquent -  Ne pas bouger...ne pas respirer !!! Ils vont m'entendre.
- C'est pas possible ??? Ils sont sous mon lit !!! S'il vous plaît venez à mon secours !!! Il y a quelqu'un ? En hurlant Ils déchirent mon matelas !!! Je sens leurs dents ! Au secours !!! Je saigne !!! Je me vide de mon sang !
D'un seul coup, la porte s'ouvre et laisse entrer une énorme bouffée d'air dans la chambre... et d'une voix d'homme forte et théâtrale :
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Ils sont...là ! Ils sont... là !
- Oh ! Oh ! Réveille toi !!! Il n'y a rien !
- Les Aga...les Aga....... Agames
- C'est un gros lézard, je sais ! Mais il n'y a rien, tu as cauchemardé.
 

Sylvie (61 ans)