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Patrimoine Trésors et curiosités du Fonds Patrimonial Ernest Germain de Saint-Pierre et le Dasylirion longifolia de M. Gensollen

Ernest Germain de Saint-Pierre et le Dasylirion longifolia de M. Gensollen

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Au XIXème siècle, la ville d'Hyères est un haut lieu de villégiature et attire à elle nombre de personnalités importantes de l'époque. Si les artistes, écrivains, personnalités politiques ou militaires - françaises ou étrangères - constituent le socle principal des hivernants de la station climatique, un grand nombre de botanistes sont attirés par la douceur hivernale du climat hyérois et son potentiel en terme d'acclimatation. C'est ainsi que des personnalités éminentes de la botanique et de l'acclimation telles qu'Albert Geoffroy Saint-Hilaire (Directeur du Jardin d'Acclimatation du Bois de Boulogne), Gustave Bonnet (Directeur du Parc de la Tête d'Or à Lyon), Théodore Villard (vice-président de la Société d'Horticulture de France), Gustave Charles Ferdinand de Bonstetten ou encore Ernest Germain de Saint-Pierre passent les hivers à Hyères où ils se livrent à des activités frénétiques d'acclimatation de plantes exotiques que proposent alors les pépiniéristes de la Côte d'Azur.

 

Ancien précepteur du Comte de Paris, professeur de botanique, Ernest Jacques Nicolas Germain (1814-1882) fait partie des quinze botanistes qui fondent le 28 mai 1854 la Société Botanique de France dont il sera président en 1870 et 1871. En 1857 il se fait construire à Hyères, au quartier Costebelle, non loin de la Villa Marguerite de Gustave Bonnet et de la Villa du Plantier du baron de Prailly, un château d'inspiration néo-médiévale dénommé Saint-Pierre-des-Horts. Il change alors son nom en Germain de Saint-Pierre. Dans son Voyage dans le Midi, George Sand écrit : "Le docteur Germain s'est inspiré des ruines qui couronnent l'ancienne cité d'Hyères sur la colline. Il a tout dessiné, tout commandé, tout fait exécuter sous ses yeux. Il y a dépensé beaucoup de savoir, de goût et d'argent." Le château est entouré de jardins et d'un parc de 25 hectares.

 

 

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Le Château Saint-Pierre-des-Horts en 1891

(Collection Médiathèque Municipale d'Hyères)

 

 

Dans Hyères et sa vallée (1863), Amédée Aufauvre écrit : "Réminiscence romane, ce château semble être un contemporain de Saint-Louis oublié sur la rive provençale. Il a des plates-formes, un donjon, des échauguettes et des galeries, comme les résidences des hauts barons féodaux. [...] Ces constructions, imitées de celles du temps de Philipe-Auguste, sont une résidence où l'on a combiné la fantaisie monumentale avec tout le bien-être qu'exigent les habitudes modernes et le luxe de l'agrément."

A l'époque de la villégiature, les rencontres, invitations et échanges sont monnaie courante entre les hivernants et les personalités locales pour peu qu'un terrain d'entente commun existe. Les jardins privés sont alors très nombreux à Hyères et dans ses environs, et les tentatives d'acclimation de végétaux exotiques répandues. C'est ainsi qu'en juin 1876, Ernest Germain de Saint-Pierre est invité à La Crau par Octave Gensollen - avocat et botaniste amateur - afin d'y observer dans son jardin la floraison d'une espèce végétale alors très peu commune sur la Côte d'Azur : celle d'un supposé Dasylirion longifolia dont les graines ont été achetées en 1868 auprès des établissement Haage & Schmidt à Erfurt en Allemagne. Octave Gensollen a des doutes sur l'identité de la plante, doutes qu'il a exprimé dans un courrier envoyé au début de l'année 1876 à la Société d'Acclimatation. Dans ce courrier, accompagné de deux photographies, il écrit : "je crois que c'est la première fois que cette magnifique liliacée fleurit en Europe [...] Mais est-ce une Dasylirion, un Xanthorrea ou appartient-il encore à un autre genre ? M. Naudin [Directeur de la Villa Thuret dans les Alpes-Maritimes] à qui j'ai envoyé des fleurs et la photographie, M. Germain de Saint-Pierre qui est venu la voir sur place, décideront avec le nom."

Germain de Saint-Pierre est bel et bien allé observer cette floraison dans le jardin de Gensollen ;  il dresse alors une analyse dessinée de "la fleur de la plante magnifique qui fait en ce moment l'un des plus beaux ornements de votre jardin." Il envoie l'original à Gensollen et en conserve une copie pensant avoir "l'occasion de publier une note relative à cette floraison, dans le Bulletin de la Société Botanique de France." Cette publication n'a vraisemblablement pas lieu, de même que l'identification claire de la plante dont le nom Dasylirion longifolia apparaît dans le courrier, mais écrit d'une main différente de celle Germain de Saint-Pierre. Quoi qu'il en soit de l'identification, Octave Gensollen glisse le courrier et les croquis de Germain de Saint-Pierre dans un ouvrage de sa bibliothèque - Les plantes à feuillage coloré (1865) de Lowe et Howard - qu'il fait relier à son nom.

 

 

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Germain de Saint-Pierre décède à Hyères en 1882 et son château - laissé à l'abandon - est détruit dans les années 1960. En 2017, le livre ayant appartenu à Octave Gensollen est mis en vente sur le marché des livres anciens : il contient toujours les feuillets comportant l'analyse dessinée par Germain de Saint-Pierre plus de 140 ans avant ce qui pourrait être la première floraison d'un Dasylirion longifolia en Europe. La médiathèque en fait alors l'achat afin de compléter son fonds consacré à la botanique et l'acclimatation et de posséder l'une des descriptions originales sur le sol français de ce végétal bien plus communs de nos jours par l'un de ses hivernants, botaniste éminent de son époque.

 

 

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