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Un jour, un poème : "Le Corbeau" d'Edgar Allan Poe

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Edgar Allan Poe (-

Un jour, un poème : c'est un poème que l'on peut lire ou écouter pour rêver, penser, appréhender le monde et l'existence, en toute simplicité, ni prétention aucune, juste le plaisir des mots. Découvrons ou rédecouvrons le poème fantastique Le Corbeau d'Edgar Allan Poe.

 

Le concept de la série d'articles "Un jour, un poème" est le suivant : soit vous écoutez le texte, soit vous le lisez et nous vous délivrons une explication et notre ressenti dans une troisième phase.

Traduction du poème : Stéphane Mallarmé

Illustrations par : Gustave Doré

 

Ainsi, Le Corbeau c'est une écoute : (Chaîne Youtube "Mon livre audio")

 

https://www.youtube.com/watch?v=nUjrVd64b58

 

Mais aussi une lecture :

Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié, — tandis que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre, — cela seul et rien de plus.

Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial Décembre : et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol. Ardemment je souhaitais le jour ; — vainement j’avais cherché d’emprunter à mes livres un sursis au chagrin — au chagrin de la Lénore perdue — de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore, — de nom ! pour elle ici, non, jamais plus !

Et de la soie l’incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural me traversait — m’emplissait de fantastiques terreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le battement de mon cœur, je demeurais maintenant à répéter : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre — quelque visiteur qui sollicite l’entrée, à la porte de ma chambre ; c’est cela et rien de plus. »

 

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Mon âme se fit subitement plus forte et, n’hésitant davantage : « Monsieur, dis-je, ou madame, j’implore véritablement votre pardon ; mais le fait est que je somnolais, et vous vîntes si doucement frapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte de ma chambre, que j’étais à peine sûr de vous avoir entendu. » — Ici j’ouvris grande la porte : les ténèbres et rien de plus.

Loin dans l’ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m’étonner et craindre, à rêver des rêves qu’aucun mortel n’avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe : et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté.

« Lénore ! » Je le chuchotai — et un écho murmura de retour le mot « Lénore ! » purement cela et rien de plus.

Rentrant dans la chambre, toute mon âme en feu, j’entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu’auparavant. « Sûrement, dis-je, sûrement c’est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu’il y a et explorons ce mystère ; — que mon cœur se calme un moment et explore ce mystère : c’est le vent et rien de plus. »

 

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Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre, — se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre — se percha, siégea et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : « Quoique ta crête soit chenue et rase, non ! dis-je, tu n’es pas pour sûr, un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit — dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. » Le Corbeau dit : « Jamais plus. »

Je m’émerveillai fort d’entendre ce disgracieux volatile s’énoncer aussi clairement, quoique sa réponse n’eût que peu de sens et peu d’à-propos ; car on ne peut s’empêcher de convenir que nul homme vivant n’eut encore l’heur de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, — un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté, au-dessus de la porte de sa chambre, — avec un nom tel que : « Jamais plus. »

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Mais le Corbeau perché solitairement sur ce buste placide, parla ce seul mot comme si son âme, en ce seul mot, il la répandait. Je ne proférai donc rien de plus ; il n’agita donc pas de plume, — jusqu’à ce que je fis à peine davantage que marmotter : « D’autres amis déjà ont pris leur vol, — demain il me laissera comme mes espérances déjà ont pris leur vol. » Alors l’oiseau dit : « Jamais plus. »

Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée : « Sans doute, dis-je, ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près et de très près suivit jusqu’à ce que ses chansons comportassent un unique refrain ; jusqu’à ce que les chants funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de : « Jamais — jamais plus. »

Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au sourire, je roulai soudain un siège à coussins en face de l’oiseau, et du buste, et de la porte ; et m’enfonçant dans le velours, je me pris à enchaîner songerie à songerie, pensant à ce que cet augural oiseau de jadis, — à ce que ce sombre, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau de jadis signifiait en croassant : « Jamais plus. »

 

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Cela, je m’assis occupé à le conjecturer, mais n’adressant pas une syllabe à l’oiseau dont les yeux de feu brûlaient, maintenant, au fond de mon sein ; cela et plus encore, je m’assis pour le deviner, ma tête reposant à l’aise sur la housse de velours des coussins que dévorait la lumière de la lampe, housse violette de velours qu’Elle ne pressera plus, ah ! jamais plus.

L’air, me sembla-t-il, devint alors plus dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans sa chute, tintait sur l’étoffe du parquet. « Misérable ! m’écriai-je, ton Dieu t’a prêté — il t’a envoyé, par ces anges le répit — le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète, dis-je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon ! Que si le Tentateur t’envoya ou la tempête t’échoua vers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée, — vers ce logis par l’horreur hanté : dis-moi véritablement, je t’implore ! y a-t-il du baume en Judée ? — Dis-moi, je t’implore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

 

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« Prophète, dis-je, être de malheur, prophète, oui, oiseau ou démon ! Par les cieux sur nous épars, — et le Dieu que nous adorons tous deux, — dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Éden, elle doit embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore, — embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit », hurlai-je en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon cœur et jette ta forme loin de ma porte ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, — siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gît flottante à terre, ne s’élèvera — jamais plus.

 

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C'est là où l'on vous parle du poème :

"Le Corbeau" est paru en 1845 dans le New York Evening Mirror. Ce qui caractérise ce poème réside dans sa musicalité, son écriture méthodique et répétitive et ses allusions à la mythologie et l'occultisme. Le poème parle d'un mystérieux corbeau venu rendre visite au narrateur. Ce dernier pleure la mort de sa bien-aimée, Lénore. L'étrange et sombre volatile perché sur le haut de la chambre du narrateur répond inlassablement : "Nevermore !" soit "Jamais plus !" à toutes les questions que lui pose le bien triste visité. Le narrateur exaspéré et très troublé sombre dans la folie. Le thème général du poème évoque le deuil et l'amour qui ne s'éteint pas. Le narrateur semble en conflit avec lui-même : il est tiraillé entre le désir d'oublier et le désir de se souvenir. Le narrateur visité par le corbeau semple s'apitoyer sur lui-même et sur la perte de l'être cher et rien de plus. Un apitoiement très nombriliste. L'hôte pose des questions au corbeau et se rend bien compte que la seule phrase qu'il connaisse est ce fameux "Jamais plus !". Malgré cela, l'homme du poème continue, en vain, à poser ses questions. Sans relâche, l'oiseau répond : "Jamais plus !". D'ailleurs, dans le texte, il n'y a aucune indication à savoir si le corbeau sait réellement ce qu'il dit ou s'il est là pour provoquer le narrateur. Les "Jamais plus !" répétés sapent le moral déjà bien bas de la personne visitée : des sentiments de deuil, de regret et de culpabilité refont surface jusqu'à l'entraîner dans l'antre de la déraison ...

En ce qui concerne les références mythologiques et ésotériques, elles sont très nombreuses dans le texte. Cela commence par le fait que le narrateur lit dans sa chambre "sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié", soit un ancien livre ésotérique. Puis vient le Corbeau "lugubre et spectral" et le narrateur le croit venu "du rivage plutonien de la Nuit". Pluton est le dieu romain des Enfers donc le volatile ne peut que venir de là. L'auteur utilise aussi les mots "prophéte" et "démon", ce qui renforce le côté surnaturel et inquiétent du corbeau. Puis, l'oiseau se pose sur un buste de Pallas, qui n'autre que l'autre nom d'Athéna la déesse grecque de la sagesse. Mais l'auteur rajoute aussi des influences bibliques avec "le baume de Judée", 'le jardin d'Eden' et "les Séraphins". Le baume de Judée fait référence à un onguent végétal, peut-être pour soigner le narrateur mais cela n'est pas précisé. Ensuite pour le jardin d'Eden, le narrateur veut savoir si son amour perdu est allé au paradis. Enfin, le personnage principal croit que des séraphins (des anges) ont pénétré la pièce. Il pense qu'ils essaient de lui faire oublier sa dulcinée Lénore en utilisant du népenthès, une drogue que l'on retrouve dans l'Odyssée d'Homère, qui permet de perdre la mémoire.

Fait troublant, ce poème rendit célèbre Edgar Allan Poe et fit de lui une figure nationale mais le poète ne toucha pas d'argent à la publication. Il s'en plaindra plus tard en disant : "Je n'ai pas gagné de sous. Je suis aussi pauvre que je l'ai été dans toute ma vie – à part pour l'espoir, qui n'est pas du tout susceptible de rapporter de l'argent."

 

Du même auteur, vous aimerez sûrement d'autres romans, poèmes et même un long-métrage :

Cliquez sur le titre du livre pour savoir s'il est sorti ou non

 

 

9781941667132 us 300

Illustration de couverture "The Raven" par Gustave Doré, 1884

 

Quelques liens Internet sur Edgar Allan Poe et sa poésie pour en savoir plus :

http://mallarme.free.fr/Poe/LeCorbeau.html

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Po%C3%A8mes_d%E2%80%99Edgar_Poe

https://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_livres_d_Edgar_Allan_Poe/849118

https://www.actualitte.com/article/patrimoine-education/telecharger-les-livres-d-edgar-allan-poe/69168

https://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Allan_Poe