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Patrimoine Trésors et curiosités du Fonds Patrimonial Bibliothèque d'Alphonse Denis : Le Satyricon de Pétrone

Bibliothèque d'Alphonse Denis : Le Satyricon de Pétrone

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Mêlant latin classique et latin vulgaire, vers et prose, Le Satyricon, bien que parvenu jusqu'à nous en fragments, est souvent présenté comme étant le premier roman de la littérature mondiale. Attribuée, sans aucune certitude, à Pétrone, cette satire – du latin satura, qui signifie mélange, mais qui qualifie également des histoires de satyres – de la Rome antique encline à la débauche sexuelle et morale traversa les siècles en forgeant sa notoriété, justifiant ainsi sa place dans la bibliothèque d'un lettré tel qu’Alphonse Denis.

 

Le Satyricon, constitué d'un récit cadre – habituellement titré Aventures d'Encolpe – et de trois récits enchâssés préfigurant le roman moderne – L'Éphèbe de Pergame, La Matrone d'Éphèse et le Festin chez Trimalcion –, narre les aventures d'Encolpe, d'Ascylte et de Giton, le jeune amant d'Encople, dans une Rome décadente, probablement à la fin du Ier siècle. Festin, rencontres, voyage, sortilège d'impuissance et séduction composent ce roman des affranchis considéré comme une parodie de l'Odyssée tournant en dérision les péripéties d'Ulysse.

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Le caractère parodique de l’œuvre est appuyé par un style familier empreint de barbarismes, propre aux affranchis. Et lorsque, dans certaines parties, notamment celles en vers, la langue se fait plus noble, elle est volontairement ampoulée dans le but de souligner le ridicule des cuistres et de l'esprit de sérieux. Ceci dit, longtemps qualifié de vulgaire, le style du Satyricon, qui annonce le roman picaresque, apparaît aujourd'hui comme une remarquable innovation de l'antiquité, plaçant l’œuvre dans le panthéon de la littérature occidentale.

Pour autant, cette considération est récente. En effet, depuis sa création, le texte fut reçu avec beaucoup de réserve, tout particulièrement au XVIIIème siècle, en France où, accusé d'immoralité et d'anarchie morale et sexuelle, il subit la censure. En 1800, l'historien et latiniste Gabriel de La Porte du Theil accepte que sa traduction du texte soit détruite. Puis en 1823, Louis XVIII interdit que cette traduction soit reprise au sein de la Bibliotheca classica latina élaborée par le philologue Nicolas-Eloi Lemaire. Heureusement, la Réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France en conserve tout de même un exemplaire.

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Peut-être, les doutes planant sur Pétrone, à l'instar d'Homère, ont-ils joué un rôle dans les difficultés que connut le texte. En effet, l'identité de l'auteur du Satyricon reste l'objet de discussions. D'abord identifié comme un proche de Néron, puis comme le secrétaire de Pline le Jeune ; comme un affranchi ayant vécu sous les Flaviens ou comme le fils d'un personnage consulaire ancien affranchi, Pétrone, selon les études les plus récentes s'appuyant sur des éléments présents dans le roman, aurait vécu après l'époque néronienne, une hypothèse qui opterait même pour une rédaction au milieu voire à la fin de l'époque flavienne.

Quoi qu'il en soit, l'obscurité recouvrant l'acheminement des différents manuscrits dont le texte est issu participe à l'ambiguïté concernant l'autorité de Pétrone sur ces manuscrits. Seules certitudes, l'édition princeps (édition dite originale) du Satyricon est publiée, sous le nom d'auteur Petronius Arbiter, à Milan en 1482, tandis que la première édition complète du roman le sera à Amsterdam en 1669.

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L'édition en deux tomes que possède la médiathèque – fonds de la bibliothèque d'Alphonse Denis – est quant à elle issue du soi-disant manuscrit trouvé lors de la prise de Belgrade suite au siège de la ville durant la Grande guerre turque en 1688. Il s'agit d'une édition bilingue latin-français (texte latin en regard) publiée à Cologne, chez Pierre Groth, en 1694. Si le titre La Satire est inscrit sur le dos de chaque volume, celui qui précède le texte à l'intérieur de l'ouvrage est La Satyre de Pétrone, chevalier romain, et non Le Satyricon, titre qui fait l’unanimité aujourd'hui.

Le premier tome contient, outre une petite « vie de Pétrone », une préface et une « Clef des noms », un échange épistolaire entre François Nodot, à qui l'on doit la prétendue découverte de cette version ainsi que sa traduction, et Monsieur Charpentier, Directeur de l'Académie française, échange épistolaire révélant l'enthousiasme de la société des lettrés français pour ce texte, et ce, quelques décennies avant sa répudiation, mais éclairant aussi le lecteur sur la découverte dudit "manuscrit de Bellegrade" (sic) et son édition. À moins que cette histoire de découverte ne soit qu'un mensonge fomenté par François Nodot, auteur, commissaire aux armées, mais également connu plus tard pour ses talents de faussaire – comme le suggère sa "vie de Pétrone" fantasque si ce n'est fictive, où l'auteur latin est tour à tour chevalier romain, homme politique, amoureux des belles lettres et confident de Néron. Nodot prétendait que le manuscrit trouvé était plus complet que tous ceux publiés jusqu'alors. Mais à ce jour, aucune "augmentation" au texte de 1669 n'est reconnue. Seule une scrupuleuse étude comparative entre la version de Nodot et celle de 1669 permettrait de divulguer d'éventuels ajouts, probablement faux...