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Patrimoine Patrimoine local et régional L'autre homme de Porquerolles : Georges Simenon

L'autre homme de Porquerolles : Georges Simenon

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Paysage porquerollais

 

En 1912, François-Joseph Fournier (1857-1935), autodidacte belge ayant fait fortune au Mexique, achète la plus grande des trois Îles d'Or. Il va s'appliquer à mettre en valeur l'île, devenant ainsi "l'homme de Porquerolles". Quelques années plus tard, un de ses compatriotes débarque à son tour : il s'agit de Georges Simenon.

 

 

 

 

 

 

Simenon doit sa découverte de Porquerolles à sa première épouse Tigy qui obtint 1800 francs de la vente de deux de ses toiles en 1926. Le couple décide alors de profiter de cet argent pour passer quelques mois sur une île. Porquerolles fut choisie. Le couple s'installe dans un petit cabanon au bout de l'île, au Grand Langoustier. Tigy se souviendra plus tard de leur arrivée sur l'île, "idéalement belle. Pour nous tout est découverte. Le maquis, les pinèdes, les criques, les plages de sable blanc, les plantes odorantes, le village coloré, la grande place étoudissante de chaleur concentrée, le petit port où on va flâner. Et pas beaucoup de touristes. L'île est peu fréquentée à cette époque : seulement quelques amateurs de solitude. C'est tout simplement magnifique." On passe alors les après-midi à la Plage d'Argent, on joue à la pétanque, on découvre la pêche qui va devenir une grande passion. Le retour à Paris se fait en hiver.

 

 

 

Et celui à Porquerolles pas avant 1933. Entre temps devenu un auteur à succès - il publie désormais chez Gallimard - Simenon et Tigy y séjourneront très régulièrement jusqu'en 1939, dans une maison, Les Tamaris,  située elle aussi sur le chemin du Langoustier. Dans ses mémoires dictés en 1974, de souvenir en souvenir, Simenon en vient à évoquer Porquerolles :

 

J'y ai passé pendant sept ans plusieurs mois par an et parfois tout l'hiver. J'avais une drôle de petite maison, au bord de l'eau, au fond du port. Cette maison était flanquée d'une tour carrée assez inattendu, surmontée d'un minaret plus inattendu encore. Le jardin était un fouillis de tamaris. J'avais fait construire une jetée où était amarré mon "pointu", c'est-à-dire le bateau de pêche de l'endroit, ainsi que deux petites embarcations.

 

 

 Vue générale de Porquerollles

 

 

 

 

La pêche devient la grande activité de Simenon sur l'île et il se fait construire un pointu, Le Potam, et engage pour l'accompagner celui que l'on considère comme le meilleur pêcheur de Porquerolles : Tado. S'il lui prend l'envie de dîner d'une soupe de poissons, il part alors traîner un petit chalut pendant une demi-heure et revient avec de quoi faire préparer son repas. Il s'intègre facilement à la vie de l'île et participe donc aux parties de pétanque sur la place du village :

 

 

Nous étions parfois huit contre huit et les parties, sous le soleil ardent du Midi, duraient deux heures et demies à trois heures. C'est là qu'on entendait tous les accents, tous les jurons, en français et dans tous les dialectes italiens de la côte. La partie terminée, on se rendait tous chez Maurice à "L'Arche de Noé", un petit hôtel avec un bar sympathique.

 

 

 

Les adversaires se réconcilient alors autour d'un pastis ou d'un vin blanc avant d'aller dîner. Après le repas, Simenon retourne chez Maurice pour danser avec les quelques touristes présents ou embarque avec Tado pour placer des cordeaux de quelques centaines d'hameçons, des paniers, des filets et pêcher la langouste. Tigy se souvient ainsi d'un attirail de pêche conséquent, de prises mémorables et de bouillabaisses magnifiques que préparait Tado.

 

Le_cercle_des_Mah

La vie est belle à Porquerolles, ce "paradis terrestre", et la tentation de céder à la langueur insulaire grande, mais Simenon ne cesse d'écrire. Il a installé son bureau au premier étage de la tour et, en plein été, il y écrit dès quatre heures du matin à cause de la chaleur qui est telle qu'il lui arrive parfois de se retrouver nu devant sa machine à écrire à la fin d'un chapitre. Malgré la pêche, les parties de pétanque, de volley, les apéritifs à l'Arche de Noé, la plage, l'exploration des criques et les festins de poissons, Simenon trouve le temps d'écrire plusieurs romans : Le coup de lune (1933), L'évadé, Les clients d'Avrenos (printemps 1934), Le blanc à lunettes (printemps 1936) Le testament Donadieu (juillet-août 1936), Monsieur La Souris (février 1937), L'homme qui regardait passer les trains,  (printemps 1937),Touriste de bananes (juin 1937) et Le cheval blanc (février 1938). Il y écrit aussi, au cours de l'hiver 1937-1938, un grand nombre de nouvelles qui seront publiées dans Les nouvelles enquêtes de Maigret  ("L'amoureux de Madame Maigret", "L'auberge aux noyés", "Ceux du Grand Café", "L'étoile du Nord", "L'improbable Monsieur Owen", "Mademoiselle Berthe et son amant", "Le notaire de Châteauneuf", "Stan le tueur", "Tempête sur la Manche" et "La vieille dame de Bayeux").


 

Simenon n'a pas seulement écrit à Porquerolles ; l'île apparaît aussi comme cadre principal de quatre de ses récits. Tout d'abord dans "Hans Peter", nouvelle publiée dans le magazine Détective  en 1929 sous le pseudonyme Georges Sim et plus tard intégrée dans le recueil Les Treize énigmes. L'inspecteur G 7 - prototype de Maigret - débarque sur Porquerolles pour enquêter sur l'assassinat de Justin Bedoux, rentier ayant fait fortune au Gabon. Tout accuse Hans Peter, vagabond à la nationalité incertaine, retrouvé sur les lieux du crime. Mais les apparences sont trompeuses et l'inspecteur ne s'y laisse pas prendre.  

On retrouve G 7 dans "Le Grand Langoustier", nouvelle écrite en 1931 et publiée en 1938 dans le recueil Les sept minutesIl y est cette fois-ci envoyé pour faire la lumière sur la disparition de trois femmes. Ses pas le conduisent ainsi vers cette pointe étrange et sauvage de l'île qui donne son titre à la nouvelle. Seul endroit où l'on tolère alors les "excentricités des étrangers",  M. Henry, un aventurier anglais au passé complexe,  s'y est installé avec Emma qui pourrait être plus qu'une domestique et un vieil Amiral énigmatique. On y mène une vie légère, poitrail à l'air, fusil et whisky à portée de main, au milieu d'une végétation luxuriante faite de tamaris, de pins, de palmiers, d'arbousiers - de bananiers même, au son de javas canailles. Un repère excentrique - dans tous les sens du terme - qui impressionne fortement l'inspecteur G 7 déjà pertubé par la chaleur écrasante et qui pourrait effectivement avoir attiré à lui les trois femmes disparues...

  

 

Il faut attendre 1946 et Le Cercle des Mahé pour que Simenon consacre entièrement un roman à Porquerolles et décrive l'étrange fascination qu'elle exerce sur ses visiteurs, fascination qui peut s'avérer fatale. Malgré un premier séjour désagréable, le docteur Mahé décide de  retourner en vacances à Porquerolles car la vision d'une pauvresse qu'il y a croisé ne cesse le hanter. Son attirance pour cette jeune fille va remettre en cause toute sa vie d'alors qu'il juge désormais monotome et uniforme, une vie dont il a toujours été dépossédée par son entourage. Ainsi, année après année, il va revenir sur l'île, nourrissant une obsession glauque qui va le conduire à une issue tragique...

 

Mon ami Maigret - Georges SimenonEn 1949 Simenon fait enfin débarquer Maigret sur Porquerolles. Celui-ci est amené à se rendre sur l'île pour enquêter sur le meurtre de Marcellin - rencontré sur une enquête précédente - qui se targuait la veille de son assassinat de compter le célèbre commissaire parmi ses amis. On retrouve dans Mon ami Maigret toute l'excentricité déjà décrite dans "Le Grand Langoustier". Maigret y croise ainsi Mrs Wilcox, une richissime et vieillissante anglaise, Philippe de Moricourt, sorte de gigolo qui se présente comme son secrétaire, Jef de Greef - un jeune peintre hollandais - qui a embarqué la très jeune Anna, fille d'un riche industriel belge, dans sa vie de bohême, Ginette, une prostituée "reconvertie", Mme Justine et son fils Emile qui dirigent un réseau de maisons closes sur toute la Côte d'Azur, Charlot un petit caïd. Tout ce beau monde se retrouve le soir à "l'Arche de Noé" pour boire, danser, discuter et s'observer. Maigret est tenté de se laisser aller à la langueur insulaire, mais soucieux de sa crédibilité auprès de Mr Pike, un agent de Scotland Yard qui l'accompagne pour apprendre la "méthode Maigret", il résiste à la "porquerollite" comme l'appelle un ancien dentiste qui y a succombé corp et âme. Au bout du compte, malgré le soleil, le vin blanc et la bouillabaisse, il finit - bien évidemment - par résoudre l'affaire avant de s'empresser de quitter l'île...

 

 

Bibliographie :

Simenon de Porquerolles de Pierre Deligny et Claude Menguy FP 2749

Mémoires, volumes 1 & 2 de Georges Simenon : 920 SIM 1 & 2

La Côte d'Azur de Georges Simenon de Paul Daelewyn : P 914.4 PRO

Souvenirs de Tigy Simenon : 920 SIM

Simenon de Pierre Assouline : RP 840.91 SIM

 


 

 

L'intégrale des romans de Georges Simenon est disponible à l'Espace Grand Public, ainsi que de nombreux autres ouvrages (correspondance, entretiens, biographies, études, etc.)

 

 Dernière mise à jour : septembre 2013