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Patrimoine Patrimoine local et régional Les grandes heures du Théâtre Denis

Les grandes heures du Théâtre Denis

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Les grandes heures du Théâtre Denis
1885 : Ambroise Thomas et la représentation de Mignon
1932 : Francis Poulenc, les Noailles, et la création du Bal masqué
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Le théâtre Denis a une riche et longue histoire. Il a été le cadre de deux événements musicaux marquants qui illustrent deux périodes très différentes de notre histoire culturelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1834 : Alphonse Denis et la construction du théâtre

 

La construction du théâtre est le résultat d’une initiative privée. Au début des années 1830, Hyères est une station d’hiver de renommée européenne. De nombreuses personnalités françaises et étrangères y séjournent régulièrement. Le nouveau maire, Alphonse Denis, veut développer et moderniser le tourisme d’hiver de luxe à travers la mise en place d’une politique culturelle ambitieuse.A cette époque, il n’existe pas dans la ville de lieux de spectacles destinés aux riches hivernants qui résident à Hyères chaque année entre les mois d’octobre et d’avril. Alphonse Denis créé une société, dont il sera un des principaux actionnaires, pour financer la construction d’un théâtre. Il offre même le terrain sur lequel le bâtiment doit être édifié et dont il est propriétaire. Notons qu’Alphonse Denis, Parisien d’origine et homme de haute culture, a envisagé, durant sa jeunesse, de devenir auteur dramatique. En 1822, il a écrit une comédie intitulée : L’Ami du Mari ou La Bague.

 

 

Architecturalement, l’édifice construit est un théâtre à l’italienne. Ses dimensions sont modestes. A l’époque, on l’appelait le « petit théâtre » ou « la bonbonnière ». Mais il correspondait parfaitement aux besoins de distractions des touristes fortunés qui fréquentaient la station d’hiver durant la première moitié du 19e siècle. Vers 1880, la ville achète une partie des biens immobiliers de l’ancien maire, mort en 1876 : sa maison, son jardin et le théâtre. Ces lieux prennent alors le nom du grand mécène disparu. Durant la saison hivernale de nombreux spectacles sont organisés au théâtre Denis. Le goût du public va vers les opéras comiques et les opérettes.

 

En 1903, le Grand Casino d’Hyères est ouvert. Les spectacles destinés aux hivernants seront désormais montés dans ce bâtiment vaste, moderne, fonctionnel et admirablement situé au cœur des quartiers neufs de la station d’hiver. Le théâtre Denis sombre alors dans un quasi abandon. Il servira de salle pour les réunions publiques locales, électorales ou associatives. Mais, à partir de la municipalité du docteur Jaubert (années 1930) et jusqu’à nos jours, il fera l’objet de plusieurs campagnes de réparations et de restaurations. Progressivement, la salle redevient un haut lieu de la vie culturelle à Hyères, mais dans un contexte largement démocratisé. Témoignage d’une époque, son architecture extérieure et intérieure est redécouverte.

 

 

Dans le domaine musical, deux événements marquants se sont déroulés au théâtre Denis. Le premier  intéresse une forme de  musique « grand-public » du 19e siècle, le second est attaché à la musique d’avant-garde du 20e siècle.

 


 

Au 19e siècle, Hyères, station d’hiver très en vogue et qualifiée « ville du soleil », accueille de nombreux musiciens célèbres. Citons :  Alfred Cortot, Charles Lebouc, Franz Liszt, Jules Massenet, Camille Pleyel, Ernest Reyer, Camille Saint-Saens…

 

Parmi eux figure le compositeur d’opéras Ambroise Thomas (1811-1896). C’est une des très grandes gloires musicales de la période du Second Empire et de la Troisième République. Il sera l’auteur de la version officielle de La Marseillaise, composée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889. Son public est international.

 

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Ambroise Thomas vers 1885

 

Ambroise Thomas est aussi un hivernant fidèle qui réside très régulièrement à Hyères entre 1885 et 1893. Il jouera un rôle important dans la construction des grands hôtels de Costebelle, lieu de résidence de la reine Victoria et d’une partie de la Cour d’Angleterre, au printemps 1892.

 

En 1885, une représentation mémorable de Mignon, son oeuvre la plus célèbre composée en 1866, est donnée au théâtre Denis par la troupe de l’opéra de Toulon. Le Maître est présent dans la salle. Très acclamé, il peut entendre Mademoiselle Bonnefoy dans le rôle de Mignon et le ténor Rodeville dans celui de Wilhelm.

 

Durant ses séjours à Hyères, le grand compositeur s’installait dans la Villa Fabrice, située au sommet de la vieille ville. La chronique locale a retenu que, ce jour là, sa femme descendit au théâtre Denis confortablement installée sur une chaise à porteurs.

 


 

Une cinquantaine d’années plus tard, Charles et Marie Laure de Noailles reçoivent une partie de l’avant-garde artistique et littéraire des années 1920-1930 dans la villa de style moderne qu’ils ont fait construire à Hyères. Œuvre de l’architecte Robert Mallet-Stevens, le Clos Saint-Bernard est alors un des principaux foyers de la vie culturelle et mondaine de la Côte d’Azur. Mais la station d’hiver est en pleine agonie dans les années qui suivent la crise économique de 1929.

 

Les aristocrates-mécènes et leur entourage prestigieux décident d’organiser un « Festival d’Hyères », qui doit se dérouler le 20 avril 1932, dans le cadre du « vieux théâtre méridional d’Hyères » comme l’appelle le compositeur Francis Poulenc (1899-1963).

 

Il s’agissait d’« une sorte de spectacle-concert » durant lequel fut créée la cantate profane Le Bal masqué. L’œuvre, composée pour cette occasion par Francis Poulenc sur des poèmes « extravagants » de Max Jacob, était dédiée à ses commanditaires, le vicomte et la vicomtesse de Noailles. Elle était dirigée par le chef d’orchestre Roger Désormières, avec le baryton Gilbert Moryn et le compositeur au piano. Les programmes avaient été dessinés par Jean Cocteau.

 

Parmi les nombreux invités, on notait la présence des musiciens Georges Auric, Igor Markevitch, Nicolas Nabokoff et Henri Sauguet ; du cinéaste Luis Bunuel ; des peintres Nora Auric et Christian Bérard ; du sculpteur Alberto Giacometti ; du chorégraphe Boris Kochno ; du marchand de tableaux Pierre Colle. Chaque artiste devait participer au spectacle et faire son « numéro ».

 

Après cette création privée et très surréaliste à Hyères, la première grande exécution publique du Bal masqué eut lieu à Paris, au mois de juin suivant.