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Grand Public Coups de coeur Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf

Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf

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Le_seigneur_des_Porcheries

 

Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. (Jonathan Swift)

 

 

 

Le seigneur des porcheries c'est la chronique de la vie de John Kaltenbrunner dans la ville de Baker, bourgade perdue de la Corn Belt. John n'a pas connu son père - décédé avant sa naissance, c'est un enfant quelque peu différent, une espèce de génie autiste dont le seul but dans la vie est de développer la ferme familiale en se lançant dans l'élevage de volailles et de moutons. Mais John est né sous une mauvaise étoile, au mauvais moment et probablement au mauvais endroit. 

 

Si un individu parmi cinquante devait se faire chier dessus par un vol de mouettes, ce serait John, à chaque fois, sans exception. Personne n’avait un don pareil pour se trouver là où il ne fallait pas.

 

Ainsi, John devient rapidement la tête-de-turc des habitants de Baker qui est un concentré de bêtise humaine, une ville qui se complaît dans la médisance, l'hypocrisie et le racisme, une ville rongée par l'alcoolisme, l'intolérance, la consanguinité et sur laquelle règne une bigoterie mesquine.

 

D'un point de vue statistique, le niveau excessivement élevé de l'alcoolisme et des violences sur enfant à Baker est souvent imputé à ses traditions prolétariennes et germaniques. (...) Le résultat combiné de tous ces facteurs est que chaque nouvelle génération est généralement en tout point aussi vicieuse et violente que la précédente. (..) Très naturellement, [les] frasques tendent à se calmer dès l'instant où chaque groupe atteint l'âge légal de la consommation d'alcool, le vandalisme et les errances cédant alors la place à des barbecues et des beuveries dans les collines. Néanmoins, en attendant, il n'est pas rare de voir des bandes d'adolescents prépubères lancer des attaques en règle sur des écarts isolés de la communauté.

 

Les railleries, les humiliations se multiplient, de même que les agressions, les actes de malveillances. On l'insulte, on le malmène, on saccage son jardin, son poulailler, on empoisonne ses chiens, on écrase ses poussins... John encaisse, ruminant une haine noire qu'il ne laisse pas exploser, un désir de vengeance qu'il ne peut mettre réellement à éxécution : toute la ville - en un mélange de méchanceté et de crainte - est liguée contre lui.

 

Il avait plusieurs idées. Sa tête grouillait de visions de bombes artisanales et de panoplies de hachoirs, de cocktails Molotov, de sacs grouillants de rats, de noeuds coulants, de fers portés au rouge, etc. Mais aucune ne convenait raisonnablement aux circonstances. Aucune ne le rapprochait le moins du monde d'une solution pratique.

 

Alors John s'entête et refuse de céder devant la cohorte de ses multiples ennemis : "trolls", "lombrics", "citrons" et autres "harpies méthodistes" qui se trouvent renforcés dans leur volonté de lui nuire par sa détermination. Inlassablement, il répare, reconstruit, mais il est écrit que John ne peut pas sortir vainqueur de cette confrontation : une tornade ravage la ferme et sa mère, affaiblie par la maladie, abandonne le contrôle total des finances familiales aux méthodistes de la ville attirées par l'odeur de l'argent facile qui accompagne très souvent celle de la mort imminente. Fou de rage, il entreprend de démolir la maison avant de la perdre mais la police intervient : John a perdu.

 

Condamné à des travaux d'intérêt général, ravagé par des révélations sur son père qu'il prenait pour un héros, c'est un homme vaincu et brisé par les injustices qui quitte Baker pour servir dans la navigation fluviale. Cette expérience va le métamorphoser : "le pauvre biquet des collines avait disparu, rendu méconnaissable par trente-cinq mois de dur labeur". C'est ainsi que le fils maudit de Baker peut envisager son retour vers une communauté "incapable de le voir venir."  Il se fond dans la masse laborieuse, enchaîne boulot sordide sur boulot sordide jusqu'à atteindre le plus bas échelon de la hiérachie sociale de Baker : celui réservé aux éboueurs, les "torches-collines". Un ramassis d'hommes brisés, aux parcours chaotiques, recalés du système scolaire pour la plupart, anciens délinquants pour certains, tous sans espoir et sans avenir.

 

La décharge était en règle générale un lieu où les hommes (il n'y avait pas de femmes) étaient poussés, ou auquel ils arrivaient, lorsque toutes les issues étaient barrées. (...) C'était un hôtel de la dernière chance, et les occupants étaient à la hauteur du rôle. Le "nègre vert" moyen avait même cessé d'être particulièrement écoeuré de l'existence. Il était simplement fini. Il n'avait que peu d'aspirations, quand il lui en restait. L'échec à répétition l'avez enfoncé depuis assez longtemps pour que l'acquisition hebdomadaire des moyens de survie devienne un triomphe en soi. (...) Ce qui amène à se demander comment John réussit à se glisser parmi [eux] sans se faire repérer.

 

Et c'est au coeur de cette décharge, au milieu de ces délaissés que John va fomenter sa vengeance et leur redonner - ce-faisant - une dignité dont toute la population de Baker les a privés depuis longtemps. Et, bien évidemment, quand il enjoint finalement ses camarades "torche-collines" de cesser de courber l'échine, quand lui-même décide de se relever, de s'élever, de devenir par ce fait-même le "Seigneur des Porcheries", le lecteur est depuis bien longtemps acquis à sa cause et accueille avec une certaine réjouissance "le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes." John et ses hommes vont ainsi littéralement plonger Baker dans l'ordure et ses habitants en enfer, et enfin se venger de toutes les avanies et injustices endurées depuis des années en une apocalypse libératoire et jubilatoire.

 

Porté par une écriture flamboyante, torrentielle, drôle, pleine de "bruit et de fureur", Le seigneur des porcheries : le temps venue de tuer le veau gras et d'armer les justes est le premier roman de Tristan Egolf. La petite histoire veut que celui-ci ait été découvert par la fille de Patrick Modiano alors qu'il jouait de la guitare dans les rues de Paris. Le manuscrit avait jusqu'alors été refusé par près de 70 maisons d'éditions américaines et fut ainsi publié par Gallimard après sa soumission par Patrick Modiano au comité de lecture de la prestigieuse maison d'édition. Publié en 1998, le roman place immédiatement Tristan Egolf dans la lignée des auteurs épiques du Sud des Etats-Unis tels que Faulkner et Steinbeck, car à n'en pas douter, Le seigneur des porcheries est un immense roman. 

 

Le seigneur des porcheries : le temps venu de tuer le veau gras et d'armer les justes de Tristan Egolf.

 

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