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Grand Public Coups de coeur La Vérité sur Marie

La Vérité sur Marie

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Avec Faire l’amour (2002), puis Fuir (2005), Jean-Philippe Toussaint mettait de côté le décalage et l’humour qui caractérisaient ses romans afin de céder la place à la mélancolie. Désormais centrée sur l’amour et la rupture amoureuse, la trame de ses romans perdait en originalité – elle est maintenant plus classique, plus romanesque – ce qu’elle gagnait en psychologie, en profondeur.

 

Jean-Philippe-Toussaint-La-verite-sur-Marie

Surtout, l’écriture, plus maitrisée, permettait au style de Toussaint d’atteindre un degré de finesse et de sensibilité rare. Poursuivant ce travail avec La Vérité sur Marie, suite et non suite de Faire l’amour et de Fuir, Toussaint livre un roman remarquable et sensuel, où tous les changements entrepris depuis quelques années atteignent leur paroxysme.

De Paris à Tokyo en passant par l’île d’Elbe, le lecteur poursuit l’histoire d’amour qui lie Marie au narrateur, une histoire d’amour abordée sous l’angle de la rupture, du drame et des retrouvailles : séparée du narrateur depuis un séjour au Japon, Marie passe une nuit avec son nouvel amant dans l’appartement où vécut le narrateur durant plusieurs années. Au même moment, le narrateur dort au côté d’une autre jeune femme elle aussi appelée Marie. Un drame va permettre aux deux anciens amants de se retrouver, de réduire leur éloignement. La Vérité sur Marie est une boucle débutant par un orage et s’achevant par un incendie, un cercle parfait qui se referme grâce à un brillant système de métaphores, d’échos, de parallélismes, qui tire le texte et l’emmène vers des sommets d’élégance : la psychologie romanesque – concept ayant trop souvent transformé des romans en fourre-tout interprétatifs – réussit à rendre le récit lisible sur plusieurs niveaux avec une fluidité inégalée.

Le roman excelle dans la mise en place du drame. Les moments qui le précédent sont construits comme de longs préparatifs. Puisant autant dans le symbolisme que dans la métaphore, ils guident le lecteur jusqu’au climax dramatique. Le roman s’articule autour de trois catastrophes, trois moments clés qui convoquent autant l’intensité narrative propre au drame que les éléments naturels. L’annonce de leur arrivée imminente augmente leur ampleur et leur force : la chaleur écrasante d’un orage avant l’accident de l’amant de Marie, la tragique scène d’embarquement d’un cheval à l’aéroport ou encore l’absence d’air d’un après-midi sur l’île d’Elbe, « comme si le vent accumulait ses forces pour la tempête qui se déclencherait dans la nuit ». La qualité du roman réside également dans la capacité à rendre intelligibles et efficaces des ressorts dramatiques simples, voire banals.

Et La Vérité sur Marie dans tout ça ? Quand il la rejoint sur l’île d’Elbe à la fin du roman, le narrateur passe ses soirées à écouter les bruits que fait la jeune femme dans sa chambre à l’étage. Aucun de ses bruits ne lui est étranger, chacun d’eux lui permet de littéralement voir Marie se déplacer, respirer, dormir. Le narrateur sait l’imaginer, il sait la faire vivre en lui. Quel que soit le degré de subjectivité de son regard, il ne se trompe pas. Malgré les ruptures et le chassé-croisé sentimental, il n’a jamais cessé de l’aimer et fait le pari de la réciprocité. La Vérité sur Marie est avant tout une histoire d’amour.

 

 

La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint / Paris : Minuit, 2009.- 204 p.

 

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Crédit photographique : Electre, Bruno Barral