Aucune notice dans le panier

RETROUVEZ-NOUS SUR



CONNECTEZ-VOUS

Identification

Cinémusique Coups de coeur Le Carnaval des âmes - HERK HARVEY

Le Carnaval des âmes - HERK HARVEY

Envoyer Imprimer PDF
AddThis Social Bookmark Button

 

 

LECON DE TENEBRES A UNE VOIX…

 

A propos du film « Le Carnaval des âmes » (1962) de Herk HARVEY

 

 

 

Car_des_mes

Mary Henry, jeune femme effacée, n’ose pas refuser la virée en voiture que lui proposent des amies. Mais la balade tourne au drame lorsqu’à la suite d’une course poursuite le véhicule bascule par-dessus le parapet d’un pont. Mary est la seule à ressortir de l’eau… Ebranlée par cet accident, Mary décide de déménager à Salt Lake City pour y exercer son métier d’organiste et essayer d’oublier ce tragique évènement.

  

 

Mais une fois sur place, elle s’aperçoit bientôt qu’elle est sujette à des crises d’angoisse et à des moments d’absence qui malmènent sa perception des autres et de la réalité. Se sentant de plus en plus seule et isolée, en butte à l’incompréhension ou à l’indifférence de son entourage, Mary voit s’effondrer un à un tous ses repères tandis que les hallucinations se multiplient. Un homme silencieux au visage blafard lui apparaît de plus en plus régulièrement, l’incitant à penser qu’elle perd la raison. Mais se montre-t-il réellement menaçant ou sa présence signifie-t-elle toute autre chose ? La réponse pourrait bien se trouver dans un parc d’attractions abandonné qui attire irrésistiblement la jeune femme…  

 

 

« Ces signes rétrogrades marquent le retour au tombeau et le CHEMIN DE L’ÂME, - ils ne guident point des pas vivants. » (Victor SEGALEN, « Stèle du chemin de l’âme », Stèles)

 
 

Un film-fantôme qui hante l'histoire du cinéma : 

Dans le film La Fin absolue du monde, le réalisateur John Carpenter met en scène un personnage de cinéphile-collectionneur opiniâtre et sans aucun scrupule qui vend ses compétences et son expertise au plus offrant. Spécialisé dans la recherche des films rares et réputés perdus ou détruits, cet explorateur chevronné du cinéma met cependant un point d’honneur à n’exhumer que l’histoire clandestine du septième art. Seules l’intéressent en effet les œuvres maudites et controversées, celles qui ont fui depuis longtemps les salles obscures et les mémoires des hommes pour rejoindre les rangs clairsemés des mythes et des légendes, ces expériences ultimes, transgressives, trop novatrices ou trop en avance selon les goûts et les normes en vigueur, résolument autres en un mot, connues seulement de quelques initiés et de quelques rares privilégiés.

Titre

 

Je me prends à rêver... Nul doute que Le Carnaval des âmes aurait mérité de figurer à son tableau de chasse et d’occuper les places d’honneur de toute cinémathèque alternative placée sous le signe de l’étrange et du bizarre ! Car, à l’instar de ce personnage monomaniaque, j’avoue avoir nourri envers ce film une véritable obsession pendant des années ! Et c’est peu de le dire…

 

 

Quel était donc ce film mystérieux dont David Lynch avouait, dans un sourire de sphinx, s’être inspiré pour son Eraserhead et qui hante depuis de manière subliminale tout un pan de sa filmographie, notamment Twin Peaks, Lost Highway ou encore Mulholland Drive pour ne citer que ceux-là ?

Quelle était donc cette œuvre énigmatique dont George Romero, celui-là même qui allait laisser tomber sur le monde sa Nuit des morts-vivants quelques années plus tard, louait à la fois l’atmosphère glaçante, l’audace visuelle, et la charge sociale ?

Quel était donc cet objet filmique non identifié qui sut influencer durablement Tim Burton par sa poésie macabre et son onirisme inquiétant ?

Quelle était donc, enfin, cette bobine venue d’ailleurs dont le Roman Polanski de Répulsion, celui du Locataire et de Rosemary’s baby, retiendra l’atmosphère délétère, les subtiles incursions dans le fantastique, le basculement dans l'insolite, mais aussi bien les nombreux points d’ancrage réalistes ?

carnival_of_souls3carnaval_des_mesDanse_macabre12565__12565__carnival1

 

A ce stade, est-il seulement besoin d’en rajouter ? Vous l’aurez compris, une telle unanimité entre des réalisateurs aussi différents, aux univers aussi contrastés, ne pouvait qu’attiser ma curiosité ! Il me fallait donc moi aussi mener l’enquête… Mais par où commencer ? Car je vous parle d’un temps (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…) où Internet n’existait pas et où les moyens de recherche n’étaient évidemment pas aussi développés que ceux d’aujourd’hui.

Bref, je vous épargnerai le récit de mes turpitudes, dignes d’un roman de Raymond Chandler ou d’un film noir (la femme fatale en moins, hélas), pour en venir à ce constat : le réalisateur « Herk » Harvey, de son véritable nom Harold Harvey, ne laissera guère de traces dans l’univers de la fiction. Le Carnaval des âmes restera en effet son seul et unique long-métrage, ce qui n’a pas manqué d’ailleurs d’alimenter les rumeurs les plus folles sur cette œuvre « unique » dans tous les sens du terme ! Coup d’essai, coup de maître ? Voire...

Herk_HArvey

COS_10

Les métamorphoses d'Herk Harvey

 

Etranges origines :

Herk Harvey n’est pourtant pas un inconnu dans le milieu du cinéma puisqu’il a déjà en 1961 une centaine de films institutionnels et éducatifs à son actif pour le compte d’entreprises ou d’associations du Kansas, en tant qu'acteur (c'est lui qui jouera d'ailleurs le rôle de l'Homme au visage blafard dans son film), producteur et réalisateur. Mais le hasard, qui souvent fait bien les choses, va lui souffler cette année là une étrange idée. Et c’est ici que la légende commence…

Un soir qu’il rentre de Californie en voiture, Herk Harvey découvre un parc d’attractions abandonné près de Salt Lake City. L’ambiance particulière des lieux, l’aura singulière qui s’en dégage, exercent sur lui une fascination immédiate. Prenant une année sabbatique, Herk Harvey confie alors ses impressions à son partenaire d’écriture habituel, l'écrivain John Clifford. Naît ainsi le projet d’un film qui saurait exploiter au mieux ce décor insolite.

CarofsoulsCarnival

Mais dès lors, les évènements se précipitent. Jetant leur dévolu sur une nouvelle de l’écrivain et journaliste américain Ambrose Bierce, Ce qui se passa sur le pont de Owl Bridge, les deux hommes rédigent un script en deux semaines. N’en gardant que les grandes lignes directrices, et replaçant l’intrigue dans un contexte contemporain (la nouvelle date en effet de 1890), Herk Harvey en retient principalement l’humour noir, le saisissant coup de théâtre final qui fera école, mais surtout la construction habile, qui joue sur la lente désagrégation des apparences, la confusion progressive des repères temporels et spatiaux, le flottement des points de vue.

Réunissant tant bien que mal la modique somme de 30.000 dollars (ce qui correspond à peine au budget cacahuètes d’une production hollywoodienne de l’époque !), Herk Harvey va tourner et monter le film en cinq semaines seulement. Il confie la partition sonore à Gene Moore dont la musique pour orgue, minimaliste, participe de l'ambiance si particulière du film. Le Carnaval des âmes sort enfin en 1962... dans l’indifférence générale ! Condamné à errer dans le circuit des drive-in, le film va subir de nombreuses multilations de la part des exploitants de salle  qui n’hésiteront pas à le raccourcir, voire à le remonter, pour en faire un complément de programmes qui puisse se plier à leurs exigences de durée ! Sans doute déçu et échaudé par cet échec critique autant que public, Herk Harvey ne renouvellera pas l’expérience et l’histoire aurait pu en rester là.

 

Leçon de ténèbres à une voix :

Sauf que le film, lui, continuera son bonhomme de chemin, semant ses images marquantes au petit bonheur la chance, influençant à sa façon des générations de réalisateurs, qui lui rendront directement ou indirectement hommage au détour d'un plan, d'une séquence, ou d'une subtilité scénaristique, acquièrant ainsi au fil du temps ce statut si particulier - et si galvaudé - de film culte.

Admettons... Mais que reste-t-il vraiment une fois que l'on débarasse le film de cette étiquette élitiste qui lui colle un peu trop à la pellicule ? Trop novateur, trop différent, trop avant-gardiste, trop maladroit et trop théâtral parfois, trop personnel aussi, insaisissable et inépuisable, Le Carnaval des âmes s'avère être l'incarnation parfaite du film séminal, dont les trouvailles et les intuitions géniales comme les imperfections et les approximations, provoquent soit l'adhésion totale soit le rejet catégorique

Orgue

 

Jouant habilement sur la collusion et la collision de deux mondes antagonistes, le monde des vivants et le monde des morts, dont les images s'inversent et se renversent, Le Carnaval des âmes s'inscrit aussi dans sa mise en scène et dans son esthétique à la croisée  de deux cinémas, et doit être considéré comme un possible chaînon manquant entre l'expressionnisme allemand et l'univers d'un Jean Cocteau d'un côté, héritage assumé, et de l'autre la sécularisation du fantastique et l'école Roger Corman qui s'apprêtent à triompher sur les écrans. Véritable leçon de ténèbres à une voix, Le Carnaval des âmes mérite par conséquent d'être redécouvert mais certainement pas avec le regard blasé du spectateur d'aujourd'hui (encore que...) qui n'y verrait qu'un symptome au lieu d'un foyer de contagion.  

 

Le film de Herk Harvey appartient à la race de ces films qui s'infusent plus qu'ils ne se voient, dont on doit laisser imprégner en soi les images rémanentes, dont on doit laisser se déployer le charme vénéneux pour en apprécier toute la beauté. Mais pas cette beauté canonique et transparente qui nous écraserait de son évidence sans mystère, mais bel et bien cette beauté trouble et voilée dont la distance farouche et les traits chargés nous oblige à aller la chercher, à l'instar du personnage de Mary, de l'autre côté. Quitte à n'en plus revenir...

Gnrique_Fin

 

    

Bib. actuelleSectionLocalisationCoteSituationDate retour
CentralecinémusiquefilmsCARdisponible