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Cinémusique Coups de coeur B-Movie Archives - Compilation

B-Movie Archives - Compilation

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BIS REPETITA...

( A la manière de)

 

B-MOVIE_ARCHIVESJulien poussa un hurlement déchirant dont les notes lugubres se cognèrent longuement contre les murs humides du caveau, comme autant de chauves-souris effrayées.

Le visage ridé de Bon Papa Torture qu’il voyait danser au dessus de ses yeux mouillés de larmes s’orna alors d’un rictus sans joie.

-         Vous n’auriez jamais dû essayer de me voler, Julien. Je vous aurais cru plus malin que cela… Force est d’admettre que les erreurs aussi bien que les illusions, n’attendent pas le nombre des années…  Je me croyais trop vieux pour être désabusé, ce en quoi je me trompais…

La voix était basse et traînante, doucereuse, presque affectée, trahissant autant les origines sociales de l’homme que sa folie. Il reprit sa lente déambulation. Julien devait jouer le jeu du vieil homme. Du moins pour l’instant.

- Qu’auriez-vous fait à ma place ? Vous êtes un collectionneur, tout comme moi. L’occasion était trop belle… 

Allongé ainsi sur cette table moucheté de taches sombres dont il valait mieux ignorer la provenance s’il voulait rester sain d’esprit, Julien luttait comme il le pouvait, c'est-à-dire mal, contre la douleur qui menaçait à tout instant de le faire sombrer dans l’inconscience. Entravé par d’épaisses chaines aux maillons rouillés, il tentait de gagner du temps. Le cœur battant à tout rompre, il chercha du regard son geôlier. Ce seul  mouvement lui arracha un gémissement de souffrance.

-         8 cd, 120 morceaux, plus de 10 heures de musique, franchement Monsieur, le calcul était vite fait, non ?

Bon Papa Torture s’arrêta à sa hauteur. La lumière de la lampe fit reluire l’or de la boucle de son ceinturon. Un crâne massif dont les orbites étaient serties de deux rubis éclatants. Julien reconnaissait que le vieillard avait toujours la classe malgré les années affichées au compteur. Avec sa chemise beige de style colonial et son pantalon plissé, ses chaussures italiennes et sa montre hors-de-prix, sa peau halée et son port altier, il en imposait encore.   

-         Certes, mon ami, certes… Une compilation rassemblant autant de pépites, la plupart méconnues, aurait de quoi tenter n’importe qui, j’en suis parfaitement conscient… Mais de là à privilégier la quantité à la qualité, vous me décevez …

Le vieux collectionneur réajusta soigneusement son foulard de soie rouge puis passa une main manucurée dans sa chevelure grisonnante au brushing impeccable. Julien sentit une lueur d’espoir renaître dans son corps meurtri.

-         B-Movie Archives n'est pas qu’une simple compilation de musiques de films de série B ou de chansons tirées de ces mêmes films, Monsieur ! Non, c’est bien plus que cela ! C’est un voyage sonore inégalé qui nous amène, à travers tous les styles, les âges, et les pays, sur les traces d’un certain cinéma, d’un certain état d’esprit… Un âge d’or…

Julien s’arrêta pour reprendre son souffle. Les yeux du vieil homme étaient maintenant posés sur lui avec intérêt. Il avait ferré le vieux beau, il le sentait, à la lueur fiévreuse qu’il voyait briller dans ses yeux. Il devait en profiter. Maintenant.

-         Tout y est : le rock brutal et incisif des slashers des années 80, les sonorités chaudes et grasses d’une country-blues texane digne d’un film grindhouse, les envolées soul-jazzy et les coups de semonce funky d’un film de blaxploitation, les claviers hypnotiques et ensorcelants des giallos italiens… Vous comprenez, n’est-ce pas ? Vous, vous devez me comprendre !

Julien grimaça. Son corps n’était plus qu’une immense fleur de souffrance aux pétales dépliés. Mais il fallait passer outre. Continuer à parler. Encore et encore. Coûte que coûte.

-         Et ce n’est pas tout ! On y retrouve également le souffle épique et dévastateur des films de monstres japonais, les kaiju et leur gravité kitsch… Et puis les arômes curry-patchouli des productions bollywoodiennes, dont les excès ne sont que des marques de générosité… Et la grandiloquence un brin pompière des grands orchestres des vieux films de la Warner et de la Universal

Julien déglutit avec peine. Sa gorge lui faisait mal et sa langue asséchée semblait s’être transformée en bout de cuir racorni. Sa voix n était plus qu’un souffle éraillé.            

-              Ce coffret, c’est… c’est comme une immense carte que l’on déplierait… Une carte aux trésors… Un continent perdu dont chaque territoire, chaque royaume, avec ses mythes et ses légendes, serait dûment représenté… Avec ses capitales oubliées, ses recoins préservés, ses lieux-dits mystérieux, ses paysages multiples et changeants… Ses saisons, ses arbres et ses fruits aux saveurs toutes différentes…

Julien était arrivé au bout de ses forces. Il reposa sa tête et ferma les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, le collectionneur était campé devant lui, les mains croisées dans le dos.

-         Bien, bien… Vous avez su me convaincre, je dois l’admettre, ce qui était loin d’être une affaire entendue.

Il réfléchit quelques instants avant de reprendre.

-         Qu’il en soit ainsi ! Je ne vous torturerai donc pas !

Julien n’en croyait pas ses oreilles. Des sanglots nerveux et libérateurs le secouèrent sans qu’il puisse les contenir. Sauvé, il était sauvé !

-         Savez-vous au juste pourquoi on me surnomme Bon Papa Torture ?

Dans le fond de la pièce, une lourde porte métallique venait de s’ouvrir en grinçant. Julien hoqueta.

Le vieil homme s’était maintenant reculé dans l’ombre. Sa voix paraissait étouffée..

-         Tout d’abord parce que j’aime le travail bien fait, je me considère comme un artisan dans mon domaine, ce qui constitue, vous en conviendrez, un gage de professionnalisme dont mon humble profession a besoin…

Des pas pesants et traînants se faisaient à présent entendre. Des bruits mouillés de reptation. Des chevrotements glaireux. Des chuintements rauques. Des gargouillis étranglés. Des griffes raclant lentement les murs lépreux.

-         Et puis surtout, voyez-vous, on m’appelle ainsi parce que j’aime travailler en famille…

Et c’est alors que Julien LES vit ! Venue des profondeurs aveugles de la maison, cette horde obscène de corps grotesques, de faciès ravagés, cet amas trébuchant de chairs boursouflées et d’esprits malades, qui se traînait vers lui en salivant, les lèvres fendues, ouvertes sur des chicots purulents. Julien se cambra, tenta de tirer sur ses liens. L’espoir venait d’être soufflé comme une vulgaire chandelle. Ne restait plus maintenant qu’une terreur sans nom.

-         Mais vous ne pouvez pas faire ça ! Vous aviez promis ! Vous aviez promis !

-         J’ai promis que je ne vous torturerai pas, il est vrai, et je tiendrai parole. Mais je n’ai jamais parlé de mes enfants… Vous ne voudriez pas que je les prive de leur unique source de plaisir, n’est-ce pas ? Il est des secrets qui doivent être préservés…

 La voix de Bon Papa Torture n’était maintenant plus qu’un murmure lointain émanant des ténèbres.

Puis ce fut le silence.

Alors Julien sentit des mains avides se poser sur lui, et le monde se déchira en longs lambeaux rouges...

 

Bib. actuelleSectionLocalisationCoteSituationDate retour
Centralecinémusiquezone or6.21 BMOsorti23/01/2018