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Cinémusique Coups de coeur Boulevard du crépuscule - Billy WILDER

Boulevard du crépuscule - Billy WILDER

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 LA MEMOIRE DES OMBRES

A propos de Boulevard du Crépuscule

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Boulevard du crépuscule
 = Sunset Boulevard / réalisé par Billy Wilder, scénario de Billy Wilder et Charles Brackett ; avec Gloria Swanson, William Holden, Erich von Stroheim... Etats-Unis, 1950, Noir et blanc (1 h 40 min). Fiction.   

En tentant d’échapper à des créanciers, Joe Gillis, un scénariste malchanceux criblé de dettes, se retrouve par mégarde dans la luxueuse propriété de Norma Desmond, une ancienne gloire du cinéma muet tombée dans l’oubli, qui y vit recluse en compagnie de Max von Mayerling, son majordome, qui fut aussi son metteur en scène et son mari. Persuadée de retrouver bientôt le chemin des plateaux, elle voit dans l’arrivée de Joe un signe du destin et lui demande de travailler sur le scénario du film qui doit assurer son retour triomphal à l’écran. Fasciné par la star et trouvant là l’occasion de gagner de l’argent, Joe accepte. Mais bientôt, il doit se rendre à l’évidence : les extravagances et les fantasmes de gloire de Norma la conduisent progressivement vers la folie…

 


"Nous commençons toujours notre vie par un crépuscule admirable" (René CHAR).

Attention, CHEF-D'ŒUVRE ! Et tant pis si le terme est désormais galvaudé !

« Boulevard du crépuscule » s'impose certainement comme l'un des plus grands et des plus beaux films de l'histoire du cinéma et sur l'histoire du cinéma qui n'a eu de cesse d'alimenter les rêveries cinéphiliques des plus grands réalisateurs, de Martin Scorsese jusqu'à David Lynch. Brillant comme un soleil noir dans le ciel délavé hollywoodien, ce film de Billy Wilder continue d'exercer encore aujourd'hui son extraordinaire pouvoir de fascination grâce à son scénario d'une originalité inégalée autant qu'inépuisable, son insolence incroyable, ses audaces formelles, ses jeux de miroir constants et maîtrisés entre le sordide et le romantisme, l'hommage vibrant et la critique acerbe.

A travers le destin cruel et bouleversant de Norma Desmon, cette actrice du muet prisonnière de son passé et de son image qui finira par commettre l'irréparable, Wilder, qui travailla comme réalisateur et scénariste à Hollywood, livre tout d'abord un portrait d'une grande finesse psychologique où le pathétique le plus désespéré côtoie la grandeur et ses moments de grâce. En jetant une lumière crue sur cette période de transition délicate du muet au parlant, Wilder rappelle combien l'histoire du cinéma, dans ses évolutions comme dans ses innovations, s'est construite sur des coupures radicales qui n'ont pas été sans dommages ni victimes, reléguant dans l'ombre et dans l'oubli, cette véritable mort des artistes, bon nombre d'actrices et d'acteurs.

Louvoyant habilement entre la nostalgie et l'ironie distancée (l'histoire n'est-elle pas racontée par un mort ?), Billy Wilder confronte deux conceptions du septième art, - esthétiques autant que morales - dont il souligne pour chacune les excès comme les outrances. A la poésie languide et suranée du cinéma muet, il oppose le réalisme froid et amnésique du parlant, sans pour autant prendre partie. Il pointe en revanche avec une certaine férocité les travers de l'industrie hollywoodienne dont il stigmatise, tout en en reconnaissant l'incontestable efficacité, le cynisme triomphant et l'ingratitude chronique. Visionnaire, il anticipe également la victoire à venir de la télévision mortifère sur le cinéma moribond. Changement d'époque oblige : désormais, et c'est la terrible conclusion du film, le glamour et son imagerie fantasmatique s'apprête à être définitivement remplacé par la réalité sordide du fait divers...

Enfin, que serait le film sans les prestations incomparables de ses interprètes ? Gloria Swanson, tout d'abord, magnifique dans ce rôle délicat autant qu'ingrat de cette femme blessée aux rêves détruits, aussi fragile que déterminée. Erich von Stroheim, superbe de dignité retenue et de douleur rentrée, dans le rôle de cet ancien réalisateur perdu dans le sillage de celle qui fut son égérie et dont il ne peut que suivre, impuissant, la plongée dans la démence. Quant à William Holden, alors méconnu, il incarne avec justesse ce scénariste amer et désabusé dont la lâcheté signera la perte.

Un film à revoir sans modération aucune !

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