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L'apparition des bibliothèques publiques sous l'Antiquité grecque et romaine

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Bibliotheque de Celsus   Ephese

Nos bibliothèques publiques modernes résultent de la confiscation des biens du clergé et de la noblesse par les révolutionnaires. Ces derniers vendent une partie des biens ainsi confisqués afin de rétablir les finances publiques (déjà) et le reste fut placé "sous la main de la Nation".

  

La plupart des collections de livres restantes sont partagées entre la Bibliothèque nationale et des dépôts créés dans près de 545 districts. Ce sont ces dépôts qui deviennent les premières bibliothèques publiques. Après quelques péripéties, c'est en 1803 que ces bibliothèques sont « mises à la disposition et sous la surveillance » des municipalités.

Les bibliothèques sont qualifiées de « publique » parce que les collections de livres sont mises à la disposition du peuple pour son instruction. Pour autant, le prêt des documents n'existe pas encore, puisqu'il n'est apparu que bien plus tard à Londres. Mais cela est une autre histoire...

Qu'est-ce que le livre sous l'Antiquité ?

Le livre se présente sous la forme d'un double rouleau de papyrus qui porte le nom de volumen, le tout conservé dans un étui. À partir du IIe siécle avant J.-C., Rome invente le codex, soit un cahier formé par des pages manuscrites cousues entre elles. Mais ce n'est vraiment qu'à partir du Ier siécle après J.-C. que les codex commenceront à être utilisés. Pour autant, le codex mettra encore 300 ans pour s'imposer définitivement. Pendant longtemps, les codex sont considérés comme un sous-produit. Ce n'est qu'au IIIe siécle après J.-C. qu'une décision de justice romaine énonce, dans le cadre d'un héritage, que "les codex doivent aussi être considérés comme des livres."

Des bibliothèques sous l'Antiquité grecque.

bibliotheque AlexandrieEn Grèce, les bibliothèques sont de trois sortes : les bibliothèques privées, les bibliothèques d’École et les bibliothèques royales.

Les bibliothèques privées sont constituées par un riche particulier. L'exemple type est celui d'Euthydèmes relaté par Xénophon dans ses Mémorables. Socrate se moque d'Euthydèmes sous un mode ironique. En effet, à quoi sert de posséder des livres sur tant de métiers et d'arts si c'est juste pour les lire.

Par ailleurs, émanation des bibliothèques privées, il existe également des bibliothèques d’École. Ce sont des bibliothèques privées mises à la disposition uniquement des membres d'une École philosophique. En la matière, les sophistes, tant décriés, ont été des initiateurs essentiels du développement de l'écrit et donc des bibliothèques..

Enfin, il y a les bibliothèques dites princières ou royales. À ce jour, aucun historien ne sait si le public pouvait y accéder. Ce sont surtout des bibliothèques de prestige à la disposition d'une élite très restreinte. Toutefois, il en est une qui a marqué l'histoire tout en faisant exception, c'est la bibliothèque d'Alexandrie. Ouverte aux érudits et aux plus grands intellectuels de l'époque, la bibliothèque d'Alexandrie est devenue à la fois un mythe et un modèle. À ses cotés, la seconde plus grande bibliothèques hellénistiques est celle de Pergame qui perdura jusqu'à l'empire Romain.

Naissance des bibliothèques publiques sous l'Antiquité Romaine.

En réalité, les bibliothèques publiques ne sont vraiment apparues que dans le monde romain.

Des bibliothèques privées sont créées dans la demeure de riches romains pour leur distraction personnelle. Ce mouvement est concomitant du mouvement d’hellénisation des patriciens. Les officiers romains, en colonisant la Grèce, en profite pour piller les bibliothèques royales. Ce n'est pas un hasard si les plus grandes bibliothèques privées appartiennent à des généraux comme Scipion, Sylla et Lucullus.

La plus remarquable bibliothèque privée reste la bibliothèque de Lucullus. Ce dernier l'ouvrit tout d'abord à tous ses proches, puis en fit un lieu de villégiature et de discussions. Reconnu pour son train de vie fastueux et ses jardins, il aménage sa bibliothèque à Rome avec des galeries et des salles de travail accessibles à tous. C'est donc grâce au richissime général Lucullus décédé en 57 avant J.-C. qu'un changement de mentalité va s'opérer.

Citons Plutarque dans ses Vies des hommes illustres : « Une dépense plus louable et plus digne de Lucullus était celle qu'il faisait pour se procurer des livres. Il en rassembla un très grand nombre de bien écrits, et il en fit un usage plus honorable encore que leur acquisition, en ouvrant sa bibliothèque au public. Tous les Grecs qui étaient à Rome avaient un libre accès dans les galeries, dans les portiques et dans les cabinets qui entouraient sa bibliothèque, ils s'y rendaient comme dans un sanctuaire des Muses ; ils y passaient les jours entiers à discourir ensemble, et quittaient avec plaisir toutes leurs affaires pour s'y réunir. Lucullus se promenait souvent dans ses galeries avec ces hommes de lettres, il se mêlait à leurs entretiens, et quand ils l'en priaient, il les aidait de son crédit dans les affaires dont ils étaient chargés. En un mot, sa maison était l'asile, le Prytanée de la Grèce, pour tous les étrangers de ce pays qui venaient à Rome. »

Soudainement la bibliothèque est aussi devenue un lieu de rencontres privilégiées. Diffusant les savoirs, permettant la réflexion et les échanges, elle attire et donc, de fait, participe à la mise en place de réseaux aussi bien amicaux que politiques. C'est pourquoi, le premier projet d'envergure de mise en place d'une bibliothèque publique ouverte à tous a été l'oeuvre de Jules César. Ce projet qui n'a jamais pu aboutir fut repris par l'un de ses anciens lieutenants, Asinius Pollion. Initiateur de la première bibliothèque publique en 38 avant J.-C., il en fit un vrai centre culturel, un lieu ouvert dédié à la culture grecque et latine.

Empereur Auguste statueTrès vite, au début de son règne, l'Empereur Auguste fait construire sur les deniers publics deux autres bibliothèques publiques. La construction de la bibliothèque du Temple d'Appollon sur le Mont Palatin est achevée en 28 avant J.-C.. Les bibliothèques ne seront jamais isolées, toujours s'adjoindront d'autres bâtiments publics. Les bibliothèques sont en fait conçues à la fois comme des lieux de vie, de mémoire et d'accueil. De même, de façon récurrente, une section est réservé aux livres en latin et une autre aux livres en grec. Enfin, quelques années plus tard, une seconde bibliothèque est ouverte sur le Champs de Mars dans un vaste ensemble dédié à la mémoire de Marcellus, le neveu d'Auguste mort prématurément.

Par la suite, la mise en place des bibliothèques publiques romaines fait l'objet d'un développement continu, tant et si bien que les historiens ont dénombré jusqu'à 28 bibliothèques publiques dans Rome-même. Ces bibliothèques sont attachées à un Temple, ou bien, à des Palais Impériaux dans les espaces ouverts au public. Par ailleurs, un troisième type de bibliothèque assez original est installé au sein même des thermes. Ces thermes-bibliothèques richement décorés deviennent peu à peu des centres culturels complets avec des jardins, des salles de lecture à voix haute et des salles de travail.

En conclusion, déjà des bibliothèques troisième lieu ?

Il est intéressant de noter que l'évolution contemporaine des bibliothèques pourrait s'apparenter – sous toute réserve – à celle des bibliothèques publiques romaine. En un même lieu, le programme romain était le suivant : il y avait une bibliothèque avec un bar, des salles de conférences et de travail, des espaces de jeux, des commerces, un musée, des jardins, des toilettes et, bien entendu, au centre des édifices, les bains publics avec parfois des salles de sport. Lieu, ouvert à tous et gratuit. Ce programme s'apparente fortement à un programme de médiathèque dite 3ème Lieu où le troisième lieu s'analyse comme un lieu de vie ouvert à tous, neutre, un lieu de rencontres sans autres contraintes que celles de la vie en société, avec boutiques, café, restaurant, mais aussi jeu vidéo, auditorium, salles de travail et de discussions, etc. N'oublions pas non plus la mutualisation ancienne entre musée et bibliothèque, voire avec d'autres services publics voisins. Et qui sait, sans doute que la boucle du temps sera bouclée lorsqu'un jour médiathèque et centre aquatique seront construits ensembles ?

 

Pour aller plus loin :

Lire à Rome de Catherine Salles – Petite bibliothèque Payot

Histoire des bibliothèques : d'Alexandrie aux bibliothèques virtuelles de Frédéric Barbier – Armand Colin

Les bibliothèques publiques dans l'Empire romain par Gérar Coulon

Livres et bibliothèques dans le monde romain