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Patrimoine Trésors et curiosités du Fonds Patrimonial Bibliothèque d'Alphonse Denis : Le Marteau des Sorcières

Bibliothèque d'Alphonse Denis : Le Marteau des Sorcières

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BibDenis

 

 

En 1231, afin de lutter contre l'hérésie, le pape Grégroire publie la constition « Excommunicamus » qui instaure l'Inquisition. La guerre contre la sorcellerie ne fait que commencer. La machine inquisitoriale s'emballe à la fin du XVème avec la publication d'une bulle papale et d'un livre...

 

 

En 1484, le pape Innocent VIII rédige la bulle Summis desiderantes affectibus qui charge l'Inquisition de lutter contre la sorcellerie et l'hérésie et autorise celle-ci à procéder à l'arrestation, la punition et le châtiment des personnes coupables de diableries. En 1486, à la suite de cette bulle, deux dominicains allemands, l'inquisiteur pontifical Heinrich Kramer et le prieur Jacob Sprenger publient un traité qui enflamme encore les imaginations : le Malleus Maleficarum (Marteau des Sorcières en français).

 

malleus maleficarum

 

Inspiré du Practica Inquisitionis de Bernard Gui (1330), du Directorium Inquisitorium de Nicholas Eymerich (1376) et du Formicarius de Johannes Nider (1435), le Malleus est un ouvrage fond

amental dans l'histoire de l'Occident chrétien : véritable manuel théorique et pratique de chasse aux sorcières à l'usage des inquisiteurs et des magistrats, il va être adopté par les catholiques puis les protestants. L'ouvrage va devenir une référence et servir de socle aux persécutions des prétendues sorcières qui vont entraîner des dizaines de milliers d'arrestations, de procès et de morts dans toute l'Europe entre le XVème et le XVIIème siècle. Il connaîtra ainsi au moins trente éditions latines entre 1487 et 1669, ce qui en fait un des ouvrages les plus largement diffusés de son temps.

 

malleus couv

 

Au delà de son funeste succès, l'ouvrage se distingue des autres manuels de démonologie et de lutte contre la sorcellerie par la violence qu'il affiche à l'encontre des femmes qu'il accuse de toutes les faiblesses et de tous les maux. Sprenger écrit ainsi : « Il faut dire l'hérésie des sorcières, et non des sorciers. Ceux-ci sont peu de choses. » D'une mysoginie extrême, le traité assimile clairement la femme au satanisme. Il est impossible de donner un chiffre précis du nombre de victimes, mais on estime aujourd'hui qu'il y aurait eu au moins 100 000 procès et 50 000 exécutions dont 80% de femmes qui furent torturées, brûlées ou décapitées.

 

 la persecution des sorcieres

 La persécution des sorcières (gravure sur bois, anonyme, 1555)

 

Dans l'introduction à son roman La Sorcière, Jules Michelet résume tristement cette époque et le sort fait aux femmes : « On les paya en torture, en bûchers. On trouva des supplices exprès, on leur inventa des douleurs. On les jugeait en masse, on les condamnait sur un mot. […] Notez qu'à certaines époques, par ce seul mot Sorcière, la haine tue qui elle veut. Les jalousies de femmes, les cupidités d'hommes, s'emparent d'une arme si commode. Telle est riche ?... Sorcière. - Telle est jolie ?... Sorcière. » Le roman, dans lequel l'historien cherche à réhabiliter une vision romantique et positive de la sorcière paraît en 1862. A cette époque, il séjourne régulièrement depuis plusieurs années à Hyères où il fréquente Alphonse Denis ; il n'est donc pas interdit de penser que Denis, amateur de livres rares, se soit procuré le Marteau des Sorcières après mention de son existence par son illustre invité.

 

De nos jours, le Malleus Maleficarum continue de hanter les esprits. Ouvrage funeste par excellence, il constitue néanmoins un témoignage édifiant sur l'évolution des mentalités et de la condition féminine. Paru en 1669, l'exemplaire d'Alphonse Denis  est conservé dans les réserves de la médiathèque.