Alors que l'hiver s'est bel et bien installé, quoi de plus réconfortant que de lire un roman qui en parle... mais bien au chaud ? Avec La Route froide, Thibault Vermot, accompagné d'Alex W. Inker aux illustrations, signe un thriller haletant dans lequel un adolescent d'aujourd'hui doit survivre en pleine tempête de neige, alors qu'une présence mystérieuse et menaçante se fait de plus en plus ressentir. Un contre la montre... glaçant !

D'un Frisson à l'autre
Jonah, 13 ans, a fait le grand saut ! Ses parents, purs Californiens, ont décidé de tout quitter et de recommencer leur vie. Ils laissent derrière eux le soleil, la Silicon Valley et leurs jobs dans une entreprise fabriquant des frigos connectés pour trouver asile à Matchbox Point. Un coin perdu au milieu des montagnes dans le Yukon, au Nord-Ouest du Canada.
Un périple de 4500 kilomètres. Autant dire un changement de planète ! Dans cet immense pays de neige et de froid, Jonah ressent l'appel de l'aventure. Ce besoin impérieux et presque inexplicable de partir à la découverte de cet environnement inconnu. Leur nouveau voisin, le vieux Stegner, lui a parlé de la Piste, une ancienne voie datant de la ruée vers l'or. Un chemin qu'il ne faut surtout pas emprunter. Un chemin dangereux autant que maudit. Maudit, il a bien insisté là-dessus.

Mais quand ses parents le laissent seul une journée, Jonah ne tient plus en place. L'occasion est trop belle ! Car au bout de la fameuse piste, il y a l'île de Red Cedars, ancien territoire des indiens Tuchtone et surtout, une belle réserve de bois de qualité pour agrandir sa chambre ! Ce sera une promenade de santé...
Jonah se met donc en route. Mais à mesure qu'il s'enfonce dans la forêt, le climat se fait de plus en plus rude et les températures de plus en plus extrêmes. La neige tombe dru et recouvre bientôt ses traces. Et tandis que Jonah commence à ressentir les effets mordants du froid et que son téléphone portable ne lui est plus d'aucune utilité, les frissons de la panique s'ajoutent à ceux du gel. Et s'il ne retrouvait jamais le chemin du retour ? Et ce n'est pas la macabre découverte qu'il va faire en cours de route qui va le rassurer. Jonah se sent bientôt observé. Une force hostile rôde. Et si le vieux Stegner avait raison ? Et si les légendes indiennes parlant d'un esprit voleur d'ombres disaient vrai ?
Jonah va devoir mobiliser toutes ses ressources pour espérer sortir de ce piège où il s'est lui-même jeté...

Le Silence blanc
Avec un art consommé du suspense et un style percutant, Thibault Vermot joue avec brio sur un postulat de départ simple mais remarquablement efficace. Dans notre société moderne ultra-connectée, où la technologie nous assiste pour tout et partout, que devenons-nous face à une situation où elle ne nous est plus d'aucun secours ? Et dans notre vie quotidienne de citadin urbain, radicalement éloigné du monde sauvage et de ses lois, qu'avons-nous bien pu conserver des connaissances et compétences nécessaires pour survivre ? Qu'avons-nous oublié ?

En nous plongeant au plus près des pensées de Jonah, dans un style direct immersif, Thibault Vermot nous fait partager la suffisance de cet adolescent, son insouciance, mais aussi ses interrogations comme ses doutes, ses peurs, enfin, qui enflent au fur et à mesure que la situation se dégrade. Il parvient également à déployer un large registre sensoriel pour faire ressentir aux lecteurs les nombreux effets du froid et de la fatigue. Les gerçures, les engelures, la déshydratation, les muscles qui se tétanisent, les hallucinations visuelles et auditives qui font douter de sa raison, les caresses bienfaisantes d'un feu improvisé, et puis le découragement, sournois, qui s'empare de vous, la colère et la détresse... Vrai plaisir d'identification, nous partageons intimement les souffrances comme les angoisses de Jonah, mais aussi sa volonté farouche de s'en sortir, ce sursaut de courage qu'il faut pour garder la tête... froide, justement !
Ce qui avait commencé comme un pastiche contemporain de la nouvelle "Construire un feu" de Jack London, devient un roman d'aventures, rapide et nerveux, dans lequel un adolescent d'aujourd'hui, bien peu préparé, se confronte au Silence blanc. Si La Route froide rappelle bien entendu et par bien des aspects les grandes œuvres de l'écrivain américain, qu'il s'agisse de Croc-Blanc (grâce à la présence du chien de traîneau Spot) ou encore L'Appel de la forêt, ce récit tendu dans lequel un ado doit faire face à l'étendue indomptable dont il ne connaît ni les codes et encore moins les exigences, pourra également faire penser par sa thématique à Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer. Ce roman, publié en 1996, avait été adapté au cinéma par Sean Penn sous le titre Into the Wild en 2007, et nous racontait déjà le destin tragique d'un jeune homme, en rupture de modernité, aux prises avec la nature sauvage.

Signes Indiens
Mais l'autre grande réussite du roman de Thibault Vermot réside aussi dans la diffusion progressive du fantastique, un fantastique qui va imprégner le récit au fur et à mesure de son avancée, jusqu'à faire douter Jonah autant que le lecteur lui-même.
En inscrivant son récit dans le contexte particulier des natifs amérindiens, Thibault Vermot fait ressurgir en filigrane un passé historique douloureux, fait de violences et de spoliations. La légende indienne dont il fait part, et qui semble gagner en réalité en cours de route, est une façon de nous rappeler que cette culture, avec ses croyances mais aussi ses modes de vie, sa vision du monde comme son rapport à la nature, a été ensevelie, elle aussi, sous l'oubli et le mépris par les exactions des colons. Héritage particulièrement cruel dont Jonah se retrouve symboliquement l'héritier et le continuateur. Héritage qu'il va devoir reconnaître et regarder en face s'il souhaite surmonter cette épreuve.
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Un passé toujours vivace pourtant, toujours présent, et qui ne demande qu'à rejaillir. C'est d'ailleurs grâce à Léanji, jeune amérindienne à qui il devra la vie, que Jonah va prendre le recul et la distance nécessaire pour se défaire de ses certitudes et accepter la part maudite de l'histoire de son pays. Car on ne se promène pas impunément dans ces territoires. Il y a toujours un prix à payer. Pour Jonah, ce sera l'apprentissage de l'humilité, et surtout, l'acceptation de la vérité.
Un roman d'aventures à lire à partir de 11 ans.
Les Auteurs

Né le 15 avril 1985, Thibault Vermot est écrivain, scénariste de bande dessinée et traducteur. Parallèlement, il enseigne également le Français ainsi que les Langues et cultures de l'antiquité dans le secondaire.
Son premier roman, Colorado Train, paru aux éditions Sarbacane en 2017, révèle déjà un style très cinématographique et un goût du thriller et du fantastique qui rappellent Stephen King, l'un de ses auteurs préférés, ou encore Dan Simmons et Robert McCammon. Remarqué par la critique, le roman remporte une Mention spéciale au Prix Vendredi 2017.
Son deuxième roman , Fraternidad, toujours chez Sarbacane, emprunte ses codes au roman de cape et d'épée mais aussi au récit adolescent contemporain. Il obtient une fois encore une Mention spéciale au Prix Vendredi 2019. Puis viendra La Route Froide avec des illustrations de celui qui deviendra un collaborateur attitré, Alex W. Inker.
Continuant d'explorer les genres littéraires, il publie sous le pseudonyme de Benoît Malewicz deux petits romans dans la collection "Hanté" chez Casterman : La Maison sans sommeil et le Camping de la mort en 2020. En 2022, il signera deux romans, La Course dans les nuages et Yokai, récit historique plutôt destiné à un jeune public C'est au cours de l'année 2024 que sortiront les quatre volumes de la série fantastique Mangaka, publiés chez Casterman. En octobre 2024 et mars 2025, il écrit la suite de Colorado Train, Dark Glory qui paraîtra en deux tomes aux éditions Sarbacane. Au cours de l'année 2025, deux autres romans voient le jour : Frissons à Oléron et Underwatch, une dystopie young adult.
En tant que traducteur, il écrira une nouvelle version de L'Homme à la lèvre tordue d'Arthur Conan Doyle, illustrée par Anton Lomaev, mais aussi Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling, illustrée par Florian Pigé, aux éditons Sarbacane. Il traduira également Le Dernier des Mohicans qui sera illustré par Frédéric Pillot.
En tant que scénariste de BD, il adapte son roman Colorado Train avec le dessinateur Alex W. Inker. Duo qui se retrouvera pour le roman graphique Krimi en août 2025.

Alex W. Inker, Alexandre Widendaële de son vrai nom, est né à Maubeuge le 16 janvier 1986.
Diplômé de l'Institut Saint-Luc de Bruxelles, licencié d'Arts et cultures, parcours cinéma en 2007, il obtiendra un master Esthétique, pratique et théorie des arts contemporains à l'université Charles de Gaulle - Lille 3 en 2010.
Ce spécialiste de la bande dessinée américaine a également enseigné à l'université avant de se consacrer définitivement à sa carrière de dessinateur .
Après avoir travaillé pour le compte de différentes publications, il a illustré de nombreux romans jeunesse : L'Effet Saucisson de Pierre Debuys (2009), Poings de suture de Michel Lecorre (2010), Les Démons du muséum de Michel Perrin (2011), tous parus aux éditions Chant d'orties. Puis viendront SOS dans le Cosmos de Guillaume Guéraud (2015), et La Route froide de Thibault Vermot aux éditions Sarbacane en 2019.
En solo, il écrira et dessinera son premier album, Apache en 2015, publié chez Sarbacane. C'est au sein de cette maison d'édition qu'il dessinera Panama Al Brown. L’Énigme de la force scénarisé par Jacques Goldstein en 2017, Servir le peuple d'après le roman de Yan Lianke, Un travail comme un autre, d'après le roman de Virginia Reeves en 2020, Fourmies la Rouge dont il écrit également le scénario en 2021.
Enfin, il assurera la partie graphique de Colorado Train de Thibault Vermot en 2022, avec lequel il dessinera le roman graphique Krimi en 2025.

